A l'ombre des mots & Les Collections Éphélides

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 La Renaissance

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Amapoesia
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MessageSujet: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 12:52

Voici une nouvelle que j'ai également écrite pour un concours (comme Mère-Fée).
Elle est beaucoup plus longue (20 199 mots), mais comme pour Mère-Fée, j'ai été très handicapée par la restriction de longueur. Du coup, on sent bien, à la fin, qu'il y a plus, qu'il pourrait y avoir une suite, ou que j'aurais pu beaucoup développer certains passages.
Mais bon, le règlement, c'est le règlement.
Je vous la poste telle qu'elle a fini (quatrième du concours... au pied du podium Razz )
sachant que j'envisage (un jour... quand j'aurai le temps...) de développer la fin et d'écrire la suite afin d'en faire un roman à part entière.

En attendant, je connais certaine(s) d'entre vous qui devrait apprécier...

Bonne Lecture !

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 12:55




Le lever du soleil sur les dunes, voilà un spectacle que Guillaume n'aurait manqué pour rien au monde, quitte à être debout bien avant les autres. Comme chaque matin, les premières lueurs de l'aube l'avaient tiré du sommeil. Il se réveillait toujours de bonne humeur dans le désert. Après s'être levé, habillé, et avoir attrapé au passage un peu de pain et quelques dattes, il avait couru jusqu'en haut de la dune, s'était assis sur le sable encore froid, et de cet observatoire unique, dans le silence de l'aurore, il avait salué avec émotion l'ascension de l'astre du jour.
En Égypte, le soleil était un dieu, et en tant qu'apprenti égyptologue, étudiant en histoire de l'art et futur archéologue, Guillaume avait appris l'importance des symboles et des rites. Pour lui, rendre hommage au soleil levant était une évidence, un devoir sacré. Il aimait les mystères et la magie de l'Égypte ancienne. Depuis qu'il avait décroché ce stage de six mois dans la Vallée des Rois, il était sur un nuage.
Peu à peu, alors que la lumière repoussait les ténèbres et envahissait le moindre recoin du campement, les hommes s'éveillaient, se levaient, parlaient, et la vie reprenait ses droits. Poussant un soupir dont lui-même ne savait pas vraiment s'il était de regret pour le moment de grâce qu'il venait de vivre, ou d' impatience à l'idée de se remettre au travail, Guillaume redescendit de la dune et rejoignit l'équipe de fouille qui se préparait.
Ils creusaient depuis des semaines une colline inexplorée, à l'extérieur de la Vallée et avaient déjà découvert des merveilles incroyables. A deux pas des restes de pharaons égyptiens vieux de plus de trois mille ans, l'équipe du professeur Pierre Monnier avait exhumé successivement, couche après couche, des fossiles de diverses espèces de dinosaures allant jusqu'à 250 millions d'années. Toute la communauté scientifique était en alerte. Une telle chose n'était encore jamais arrivée : découvrir sur un même site autant de traces du passé, de toutes les époques de la terre. Et on creusait encore!
La veille, lors d'une réunion avec les principaux experts de la planète, le professeur Monnier, instigateur et directeur du projet, avait parlé pour la première fois de "cimetière permanent". Selon lui, pour une raison inconnue, depuis la nuit des temps, les créatures qui avaient successivement peuplé la planète étaient venues mourir là. Guillaume n'en avait pas dormi de la nuit!

- Secteur Est 3B, dit le professeur en désignant Guillaume du doigt. On en est à 250 millions d'années avant JC, je doute qu'on y trouve encore quoi que ce soit à ce stade, mais les mécènes souhaitent qu'on creuse encore de deux ou trois mètres, pour être sûrs.
- Alors il faudra de nouveau étayer, professeur, répondit Guillaume. Le secteur Est est instable.
- Eh bien fait le nécessaire, tu connais ton boulot. Je sais que je n'ai pas besoin de te coacher. Demande des hommes à Mahmoud et au boulot!
- Bien, professeur, opina le jeune homme en souriant.
- Secteur Ouest 8E, reprit le professeur en désignant un autre étudiant. Tu finis le prélèvement du dernier crâne de cynodonte et tu nettoies ton carré. On arrêtera là.

La vingtaine d'étudiants archéologues et paléontologues présents sur le site étant au clair avec les missions du jour, chacun s'équipa et rejoignit son secteur. Guillaume avait déjà exhumé personnellement plusieurs pièces importantes, ce qui l'avait placé parmi les meilleurs étudiants du projet, mais il espérait toujours tomber sur "le" trésor, sur "la" découverte qui changerait sa vie. Certes, il savait que la majorité des archéologues fouillaient toute leur vie sans jamais rien découvrir de suffisamment notable pour s'assurer la gloire, ou simplement la sécurité financière. Et même, la plupart passaient leur vie à essayer de joindre les deux bouts. Finalement, l'archéologie était davantage une passion, un sacerdoce, qu'un simple métier. Rares étaient ceux qui en vivaient aisément, et plus rares encore ceux qui en tiraient une réelle célébrité. Mais Guillaume avait foi en son étoile, aussi creusait-il le sol dur et compact du désert égyptien avec persévérance et minutie, jour après jour, sans se lasser et sans relâcher sa concentration.


(NB : Je sais, les tirets ne sont pas les bons j'ai eu la flemme de tout modifier! :mgreen: )
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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 12:57



Journal de bord, cinquante huitième jour de fouilles.
Depuis que le professeur Monnier a évoqué cette histoire de "cimetière permanent", je ne peux cesser d'y penser. Qu'est-ce qui a bien pu faire que toutes ces créatures si différentes et si éloignées dans le temps, des premiers dinosaures aux pharaons, aient choisi précisément cet endroit pour venir y mourir ? Qu'y a-t-il dans cette terre ? Le plus étrange, c'est que plus je creuse, plus j'ai la conviction que je touche au but, que la réponse va m'apparaitre.

Un dernier coup de burin, et soudain, un important bloc de sédiments compactés se détacha de la paroi. Dans l'anfractuosité ainsi révélée, Guillaume aperçut immédiatement l'éclat blanc. A cette profondeur, les hypothétiques découvertes étaient des fragments noirs, gris ou bruns … jamais blancs! La surprise le figea quelques secondes, pendant lesquelles il riva un regard incrédule sur l'éclat blanc, puis l'excitation de la découverte déferla sur lui. Il reprit ses esprits, empoigna son grattoir et son pinceau et s'attaqua à dégager soigneusement la terre dure et solide autour de l'objet. Petit à petit, après bien des efforts et de la sueur, l'inimaginable trouvaille apparaissait dans son intégralité, plus retenue à son tombeau de sable que par une mince couche sédimenteuse. Et Guillaume, la découvrant en entier, en perdit la voix, les bras et les jambes. Incapable de croire à ce qu'il voyait, il tomba à genoux, flageolant, et resta immobile, à béer de stupeur devant sa découverte. Sa découverte!
Ce fut l'un des hommes de Mahmoud, qui passait vérifier que les étais tenaient le coup, qui sortit le jeune homme de sa transe.
- Ahmed, va chercher le professeur, cria Guillaume, tout de suite!
- Tu as trouvé quelque chose ? demanda le terrassier.
- Oui, mais je n'ai pas la moindre idée de ce que ça peut-être.
L'homme partit en courant et revint bientôt accompagné du Professeur Monnier et de deux autres archéologues.
- Qu'as-tu trouvé, Guillaume ? demanda Monnier en prenant appuis sur le premier barreau de l'échelle.
- Il faut que vous voyiez ça, professeur. Je crois que c'est un os humain, mais je n'en suis pas sûr.
- Un os humain à cette profondeur ? Impossible ! rétorqua le professeur.
- C'est aussi ce que je me suis dit, professeur, se défendit le jeune homme, mais je ne vois vraiment pas ce que ça pourrait être d'autre.
Parvenu au bas de l'échelle, Monnier se tourna vers le creux de roche dans lequel se trouvait l'ossement en question. Écarquillant les yeux, il s'exclama :
- Merde, alors! On dirait un fémur!
- C'est ce que j'ai pensé aussi, professeur, expliqua fièrement le jeune étudiant. Mais comme vous l'avez dit, un humérus humain à cette profondeur, aussi bien conservé et aussi blanc que s'il venait d'être décharné, c'est impossible.
- Es-tu certain que rien n'avait été touché, que la terre était intacte, quand tu l'as mis au jour ?
- Certain, professeur. Moi aussi, j'ai pensé que quelqu'un avait voulu me faire une blague. Mais le bloc de roche que j'ai détaché de la paroi était parfaitement scellé, je vous le jure.
- Je te crois, Guillaume, et faire des farces, surtout de cet ordre, n'est pas du tout ton genre à toi non plus. Nous avons donc affaire à un nouveau mystère, encore plus mystérieux que les précédents.
Monnier ne détachait pas le regard de cet os immaculé, il se frottait le menton, se grattait la tête sous son chapeau, en proie à d'innombrables questionnements.
- Guillaume, n'y a-t'il pas autre chose qui t'étonne, à propos de cet os? finit-il par demander.
Le jeune homme sourit. Cette question là, il l'attendait avec encore plus de fébrilité que les précédentes.
- Il est bien trop fin pour être humain, professeur. Avec un fémur pareil, on ne pourrait pas marcher, il casserait.
- Exact. Il est de toute beauté, sa forme est parfaite, mais il n'y a aucune chance que quelqu'un ait pu marcher, courir, sauter, avec des os aussi fins.
- Pensez-vous qu'il y en ait d'autres, professeur ? demanda Guillaume, pressé de mettre au jour d'autres merveilles du même type.
- Certainement, vu le parfait état de conservation de celui-ci. Je serais étonné qu'on ne retrouve pas le squelette entier.
- Professeur, hésita l'étudiant, sera-ce mon invention ? Pourrais-je la revendiquer ?
Monnier reporta son regard sur lui, semblant l'évaluer. Il réfléchissait à l'impact d'une telle décision. Impact sur le jeune homme, pas encore sorti de l'école, si rêveur et si passionné. Impact sur la communauté scientifique, qui serait outrée qu'il ne l'ait pas revendiquée lui-même. Puis il l'attrapa par l'épaule et lui dit :
- Si tu te sens capable de mener cette recherche jusqu'au bout, quelles que soient les résultats, et tu vas probablement au devant d'une déception, tu sais. Si tu te sens à la hauteur des connaissances et du travail que ça te demandera. Si tu penses pouvoir affronter la communauté scientifique, les historiens, les journalistes, qui s'acharneront à remettre en cause tes conclusions. Si tu es sûr que c'est ce que tu veux, alors elle est à toi.
- C'est ce que je veux, professeur, j'en suis certain. Mais, est-ce que je peux compter sur vos conseils, sur votre aide ?
- Évidemment ! s'exclama Monnier. Tu ne crois tout de même pas que je laisserais un mystère pareil me passer sous le nez !

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 13:01



Dans les heures qui suivirent, plusieurs autres ossements furent extraits précautionneusement de la roche compactée. Étonnamment, en les manipulant, Guillaume et Monnier constatèrent qu'ils étaient beaucoup plus solides qu'il y paraissait. Ils remontèrent du trou l'autre fémur, les deux humérus, les tibias, les os du bassin et quelques côtes.
Le soir et jusque tard dans la nuit, aidés d'une anthropologue venue en renfort, ils étudièrent ces os étranges, aussi blancs et solides que du marbre et à l'architecture parfaite, bien que particulièrement fine et délicate.
Il était impossible, en l'état, de tenter une datation, même évasive, aussi décidèrent-ils d'envoyer l'un des fémurs au laboratoire d'analyses dès le lendemain matin. En parallèle, ils poursuivraient les recherches sur le site et tenteraient de reconstituer au mieux le squelette.

Cette fois encore, Guillaume ne put fermer l'œil de la nuit.
Au matin, après avoir salué le lever du soleil, il se précipita sur "son" chantier sans attendre les instructions quotidiennes. Officiellement, il était l'inventeur de ces os et désormais directeur de sa propre fouille.
Les heures passèrent avec chacune son lot de nouvelles découvertes, une vertèbre, une phalange, une clavicule. A chaque fois, le cœur de Guillaume bondissait dans sa poitrine.
La veille, Michèle, l'anthropologue venue les aider, avait déterminé grâce au bassin qu'il s'agissait du squelette d'une femme, ou plutôt, d'une très jeune fille. Depuis, Guillaume l'appelait "sa fiancée". Et à chaque os de "sa fiancée" qu'il exhumait, il lui semblait tomber un peu plus amoureux.
Oh, ce n'est pas qu'il était fou, non. Tous les archéologues tombaient plus ou moins amoureux de leurs inventions. Mais pour Guillaume, "sa fiancée" était bien plus qu'une somme d'ossements. Elle avait été un être vivant des centaines de millions d'années plus tôt, si l'on suivait la logique du chantier.

- Tu vois, expliqua-t-il à Ahmed pendant le repas du soir, le truc incroyable, ici, c'est que chaque strate correspond exactement à l'époque qui suit celle de la strate précédente. Souvent, à cause de tremblements de terre et de la tectonique des plaques, les strates sont chamboulées et on peut retrouver des objets, près de la surface, qui sont plus anciens que d'autres enfoncés plus profondément dans la terre. Ici, tout est parfaitement rangé par date ! Plus tu creuses, plus tu recules dans le temps, la précision est même invraisemblable ! Donc on peut presque être sûr que les os de ma "fiancée" ont plus de 250 millions d'années … tu te rends compte ?
- Il n'y avait aucun humain, à cette époque, dit le terrassier, perplexe. Même pas encore les grands dinosaures. Vous avez dû vous tromper.
- Je ne sais pas, à vrai dire, répondit Guillaume en soupirant. Tant qu'on n'aura pas les résultats du labo, le mystère restera entier.

Au soir du troisième jour d'exhumation, le jeune homme poussa un hurlement de joie qui se répercuta sur les parois de son trou et résonna dans tout le chantier. Très vite, les étudiants, archéologues et chercheurs présents sur le site se massèrent autour de la cavité du secteur Est.
Au fond, Guillaume se tenait à genoux, en larmes, un sourire béat collé sur les lèvres, et contemplait le crâne parfait de sa "fiancée" qu'il tenait dans ses mains.
Si le bassin, les os des cuisses et ceux des bras avaient paru fragiles, délicats, mais sans défauts, le crâne était bouleversant de beauté et de perfection. On aurait dit le modèle qui avait servit à Dieu pour créer l'humanité, sans jamais réussir à l'égaler.
- "Ève", murmura Guillaume.

S'agissait-il de l'Ève de la Bible ? La mère de l'humanité ? Guillaume retournait cette question dans sa tête depuis qu'il avait posé les yeux sur le crâne qui reposait à présent dans un coffre fort du camp. Se pouvait-il que l'histoire soit finalement vraie ?
Guillaume n'était pas croyant. Du moins, il croyait à trop de choses pour qu'elles tiennent en une seule et unique religion. Aussi l'hypothèse d'Ève n'était-elle pas plus ridicule qu'une autre, à ses yeux. Malgré l'excitation et les mille questions encore sans réponse qui s'agitaient sous son crâne, l'épuisement finit tout de même par avoir raison de lui et le sommeil l'emporta.
Il rêva.

Je flotte dans un brouillard blanc, lumineux, doux et tiède. Je me sens si bien, en sécurité. Je pourrais rester là, à flotter, sans penser à rien, pendant des centaines de milliers d'années.
- Oui, c'est aussi ce que je me disais, au début, dit une voix.
- Qui parle ? demandai-je
- Je ne me souviens plus, ça fait tellement longtemps, répondit la voix d'un ton mélancolique.
- Si longtemps que quoi ? questionnai-je encore.
- Que je suis là, repris la voix. Cela fait si longtemps que je suis seule ici que je ne me souviens même plus qui j'étais. Et pourtant, je sais ce que j'attends.
- Et qu'attends-tu ?
- Toi, bien sûr.
- Moi ? Pourquoi ?
- Tu dois me ramener au monde. Tu dois sauver mon peuple, dont je suis la gardienne.
- Je croyais que tu ne savais pas qui tu étais.
- Je ne sais pas qui je suis, mais je sais ce que je suis, et ce que j'ai à faire.
- Et qu'as-tu à faire ?
- M'aideras-tu ? demanda la voix sans répondre à ma question.


Puis le soleil levant, éclairant le ciel gris, tira Guillaume de son rêve étrange. Il avait semblé si réel que la matinée passa sans que le jeune homme pût se défaire de sa gêne. D'ordinaire, les rêves dont il se souvenait avaient trait à son travail, ou à des souvenirs d'enfance. Celui-là ne ressemblait absolument à rien qu'il connaissait.
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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 13:03



En fin d'après midi, les résultats du labo concernant le fémur de celle que désormais, on appelait Ève, arrivèrent enfin.
- C'est confirmé, lui dit Monnier en parcourant le rapport des yeux. 255 millions d'années avant notre ère. C'est incroyable.
- Qu'y a-t-il d'autre, professeur, demanda Guillaume alors que Monnier plissait les yeux puis fronçait les sourcils.
- L'ADN est bizarre, expliqua-t-il pensivement, il ne ressemble à rien de connu. En tout cas, il est tout sauf humain.
- À rien de connu ? À aucun organisme vivant, vous voulez dire ?
- C'est exact, confirma Monnier, à rien de vivant ou l'ayant été et répertorié dans nos fichiers.
- C'est peut-être une erreur du labo…
- Allons, tu t'imagines bien qu'un résultat pareil aura été vérifié et revérifié!
- Une espèce disparue ? tenta encore Guillaume.
- C'est évident, mais même, cet ADN est encore plus différent du nôtre que celui de l'espèce la plus éloignée de dinosaure. Il faut qu'on montre ça à des généticiens, je ne pense même pas qu'un anthropologue puisse nous aider.
- Professeur, je ne voudrais pas paraître stupide, mais …
- Allons, mon jeune ami, au point où nous en sommes, je pense qu'aucune supposition, aussi farfelue soit-elle, puisse être mise de coté. Dis-moi à quoi tu penses.
- Il y a toujours eu un doute quand à l'origine des pyramides, et aux similitudes entre les civilisations de l'Égypte ancienne et les précolombiennes …
- Tu penses aux extra-terrestres ? demanda pensivement le professeur. Remarque, pourquoi pas ? Nous n'avons jamais eu la moindre preuve du contraire.
- Ce serait … extraordinaire ! s'écria Guillaume, les yeux brillants d'excitation. Vous imaginez ça ? Nous aurions enfin une preuve tangible !
- En effet, comme tu dis, ce serait extraordinaire, répondit Monnier d'un ton circonspect qui refroidit aussitôt l'exaltation du jeune homme. Mais ne nous emballons pas. Dans ma carrière, j'ai déjà cru des dizaines de fois avoir trouvé la poule aux œufs d'or … l'expérience m'a rendu prudent. Il y a plus de phénomènes qui paraissent mystérieux au premier abord mais s'avèrent ensuite tout à fait explicables que de véritables énigmes. Ne sois pas déçu, je veux seulement t'éviter une cruelle désillusion. Je vais faire examiner ces ossements par des généticiens et nous verrons bien ce qui en découle. En attendant, il doit te rester encore quelques pièces à extraire si tu veux que ton squelette soit entier.
- Oui, professeur, acquiesça Guillaume, malgré tout un peu douché. Il me manque encore une clavicule et quelques os de la main droite, après, tout y sera.
- La nuit ne tombera pas avant plusieurs heures, tu peux encore y arriver avant ce soir.
- Vous avez raison, je m'y mets tout de suite.

Et effectivement, à la nuit tombée, le squelette était complet… du moins, quasiment, il ne manquait plus que le fémur que le professeur Monnier avait fait envoyer directement du labo d'anthropologie du Caire au centre d'études génétiques de Paris.
Soigneusement, presque tendrement, Guillaume avait reconstitué, sur une large planche de bois poli, le squelette de son "Ève", de sa "fiancée". Il le contempla encore, avec émotion, jusqu'à ce qu'Ahmed l'enjoigne à aller se coucher. Le terrassier égyptien couvait l'étudiant comme une poule son poussin. Il avait été lui-même un étudiant doué de l'université d'histoire ancienne du Caire, mais le manque d'argent ne lui avait pas permis de poursuivre jusqu'à l'obtention de son diplôme, et le seul moyen qu'il avait trouvé pour assouvir sa passion pour l'archéologie avait été de se faire engager comme terrassier sur les chantiers de fouilles. Il passait ses journées à charrier des seaux de sables et à étayer des trous et des galeries. C'était dur physiquement, et il ne gagnait pas convenablement sa vie, mais au moins était-il au cœur des fouilles.
En Guillaume, il avait trouvé un étudiant passionné et ouvert au dialogue, désireux de partager son savoir et ses découvertes avec lui, aussi lui vouait-il une tendresse et un respect particuliers.


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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 13:06


Cette nuit-là encore, Guillaume rêva.

Je flotte dans un brouillard blanc, lumineux, doux et tiède. J'ai déjà fait ce rêve, j'en reconnais l'endroit, la sensation. Pourtant, c'est aussi différent. Je ressens comme une urgence. Et je me souviens de la voix de la première fois. Une voix douce et cristalline, au timbre envoûtant. La voix d'un ange.
- Vous êtes là? demandai-je.
Pas de réponse.
Si.
Un sanglot. Une plainte étouffée, un gémissement.
- VOUS ÊTES LÀ ? Que se passe-t-il? Souffrez-vous? Où êtes-vous? Puis-je vous aider?
- C'est dur, c'est si dur, souffle la voix ténue dans un murmure douloureux.
- Comment puis-je vous aider? demandai-je encore, affolé. Je voudrais vous voir!
- Tu ne peux …
- Quoi, vous voir, ou vous aider?
Un long soupir se fait entendre, presque un râle d'agonie, puis la voix reprend, un peu plus ferme :
- Tu ne peux me voir tant que je suis incomplète. Mais toi seul peut m'aider.
- Que puis-je faire? Dites-le moi! Dites-moi qui vous êtes! pressai-je la voix, de plus en plus paniqué, étrangement, à l'idée de la perdre.
- Tu dois achever ce que tu as commencé. Je dois être complète.
- Mais … Ève? balbutiai-je, abasourdi.
- C'est ainsi que tu me nommes.
- Vous êtes réelle?
- Je suis. Aussi bien que tu es.
- Êtes-vous un fantôme? Un esprit? demandai-je encore, tremblant.
- Je suis l'esprit de celle que j'étais, répond-elle dans un souffle laborieux, et je porte le passé et l'avenir de mon peuple. Mais tu dois te hâter. Je ne tiendrai plus longtemps, à présent que la terre ne me protège plus.
- Tu … Vous voulez dire vos os? Faut-il que je les remette en terre?
- Non, le temps est venu pour moi. Tu dois me compléter au plus vite.
- Malheureusement, murmurais-je accablé, le seul os manquant est le fémur que l'on a envoyé à Paris pour analyses. Je ne peux pas le récupérer.
- Il le faut. Bientôt, il sera trop tard.


Un hurlement dans la nuit fit bondir Guillaume hors de son lit de camp.
Son hurlement.
Le rêve avait une nouvelle fois été si prégnant qu'il ne pouvait, bien qu'éveillé, se défaire d'un sentiment d'urgence et de désespoir. Mais était-ce bien un rêve? Il commençait à en douter… ou alors il devenait fou.
Et à qui s'en ouvrir? Le professeur Monnier lui avait déjà fait comprendre qu'il fallait se méfier de l'enthousiasme et des mystères. Ahmed? Malgré son érudition et sa passion pour l'archéologie, les mythes et les légendes égyptiennes, il restait un croyant musulman pour qui cette histoire friserait l'hystérie et le blasphème.
Du reste de la nuit, le jeune homme ne put retrouver le sommeil, mais au matin, il était déterminé. Il fallait coûte que coûte qu'il récupère le fémur de son "Ève", et il savait à qui s'adresser pour trouver de l'aide.

- Michèle, est-ce que je peux te parler une minute? demanda Guillaume en passant la tête dans l'ouverture de la tente de travail des anthropologues.
La chercheuse était en train de compulser tout ce qu'elle avait pu trouver sur les plus anciens ossements humanoïdes découverts dans les environs, mais rien ne correspondait, même de loin, avec ce qu'elle avait observé chez "Ève".
Poussant un soupir résigné, Michèle leva le nez de son écran et esquissa un pauvre sourire fatigué à l'intention de Guillaume.
C'était une petite femme svelte, énergique et volontaire. Elle avait été jolie et portait ses cinquante ans avec un naturel et une aisance qui pouvaient être intimidants. C'était une anthropologue hors pair qui avait consacré sa vie à la recherche, sacrifiant pour sa passion tout espoir de fonder une famille.
Guillaume et elle avaient eu l'occasion de bavarder à plusieurs reprises et d'échanger sur de multiples sujets depuis un peu plus d'un mois que Guillaume était arrivé sur le chantier, et c'est l'ouverture d'esprit de Michèle et sa passion pour le surnaturel et l'inexpliqué qui avaient décidé le jeune homme à s'adresser à elle.

- Je n'y comprends rien, dit-elle à Guillaume. J'abandonne. Ta fiancée est une énigme que je suis incapable de résoudre.
- C'est justement à ce sujet que je voudrais te voir, Michèle, confia l'étudiant à la chercheuse. J'ai besoin de ton aide et … c'est très délicat.
Elle plissa les yeux et fronça légèrement les sourcils, aussitôt piquée par la curiosité.
- Vas-y, je t'écoute, tu as une théorie?
- Mieux que ça, je crois, répondit-il nerveusement. J'ai fait des rêves. Mais je ne suis pas sûr que ce soient des rêves "normaux".
- Continue, le pressa-t-elle.
- Je suis dans un brouillard blanc, commença-t-il. Je me sens bien, comme si je flottais. Puis une voix me parle. Une magnifique voix douce et claire, une voix d'ange.
- Que te dit cette voix? demande encore l'anthropologue, concentrée et inquisitrice.
- Elle me demande de l'aide. Elle dit qu'elle est Ève et que je dois rassembler tous ses os pour qu'elle puisse revenir à la vie.
- Elle dit qu'elle est vraiment Ève?
- Pas celle de la Bible, non. Elle dit qu'elle ne sait plus qui elle est, mais qu'elle sait "ce" qu'elle est. La gardienne de son peuple. Qu'elle attend là depuis plus de 250 millions d'années.
- Elle attend … qu'on la retrouve?
- Qu'on l'exhume, je suppose, et qu'on reconstitue son squelette. Mais le temps presse. Elle dit qu'à présent qu'on l'a sortie, il faut l'assembler au plus vite, sinon, elle mourra pour de bon. Et elle souffre, Michèle, si tu l'entendais! Je ne peux pas le supporter.
- Il faut qu'on récupère le fémur, c'est pour ça que tu as besoin de moi, n'est-ce pas?
- Pour ça et parce que j'ai l'impression de devenir fou, mais que je ne peux pas lutter contre la certitude que ce qui m'arrive est réel.
- Que fera-t-elle quand on l'aura reconstituée? demanda encore la chercheuse. Va-t-elle se couvrir de chair, de peau, et nous ressembler? Se remettre à vivre, parler, marcher?
- Je n'en ai pas la moindre idée, avoua Guillaume à voix basse. Et je t'avoue que ça me fait un peu peur.
- Moi, ça m'intéresse, répondit-elle, les yeux brillants d'enthousiasme. Au fond de moi, j'ai toujours cru que nous n'étions pas les seuls, ou pas les premiers.

La réaction de Michèle redonna aussitôt le sourire à Guillaume. A partir de ce moment, elle prit les choses en main, assurant le jeune homme de son entière coopération. Mais ils savaient tous les deux que la motivation de l'anthropologue et de l'étudiant ne suffirait pas à mener leur projet à bien.
Seuls, ils ne pouvaient pas faire grand-chose.
Monnier étant le directeur du chantier, il était impossible de récupérer le fémur sans son aide. Et Guillaume ne se voyait pas du tout lui dire que le squelette lui parlait en rêve !
Pourtant, après une longue négociation, Michèle réussi, Guillaume ne savait par quel miracle, à le convaincre de tenter le coup.

- Le Centre d'études génétiques sera toujours là dans quelques jours, finit par concéder le professeur. Nous pourrons toujours leur renvoyer le fémur quand vous aurez tenté votre expérience. Attention, ce n'est pas que j'y croie! précisa-t-il en pointant Michèle du doigt, mais je sais que je n'aurai pas la paix tant que tu n'auras pas eu ce que tu voulais. Donc je préfère gagner du temps et te laisser faire à ton idée.
- Merci, Pierre, tu me connais si bien, sourit-elle, rougissante.

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 13:09



Deux jours après, le fémur était de retour. Guillaume n'avait pas pu recontacter son Ève en rêve. Il l'avait bien entendue gémir et sangloter dans les limbes, mais elle n'avait plus répondu à ses appels. Il était fébrile et anxieux. Pourvu qu'il ne soit pas trop tard!
En ouvrant le colis contenant le précieux ossement, il sentait ses doigts trembler.
- C'est "ta fiancée", ton invention, c'est à toi qu'elle parle, alors c'est à toi de le faire, avait dit Michèle en prenant les mains du jeune homme dans les siennes avec un sourire encourageant. Ne soit pas déçu si rien ne se passe, d'accord?
- Je ne sais pas ce qui serait le pire, murmura-t-il on tournant les yeux vers le squelette incomplet. Qu'il ne se passe rien, ou …
- Nous ne le saurons pas tant que tu n'auras pas essayé, répondit la chercheuse d'une voix ferme et déterminée. Tu n'es pas seul, nous sommes tous avec toi. Allez, vas-y!

Effectivement, il n'était pas seul, et ça aussi lui posait problème. Tout le campement avait tenu à être présent pour son expérience farfelue, comme il avait surpris certains l'appeler. Et lui aurait tellement préféré être seul. Seul pour le cas où rien ne se passerait. Seul à affronter la honte et le ridicule. Mais surtout seul à la voir, à la découvrir, à l'accueillir … sa fiancée.
Délicatement, il déplia les couches de papier d'emballage et retira la mousse de protection pour dégager le long et mince os blanc. Il le tenait, le cœur battant, comme on tiendrait un nouveau-né, un trésor ou une bouteille de nitroglycérine. Avec révérence, vénération et d'infinies précautions.
Puis retenant son souffle, il plaça le fémur entre le bassin et le tibia du squelette étendu sur le plateau de bois poli, alignant la jambe avec soin et précision. Ceci fait, il se redressa et recula d'un pas.
Pas un bruit ne venait troubler la tension du moment, sauf les battements frénétiques de son cœur. Il avait l'impression que le boum boum qui pulsait à ses oreilles résonnait d'un bout à l'autre de la Vallée des Rois.
Tous, autour de lui, retinrent leur souffle encore une minute, puis un raclement de gorge brisa les espoirs de Guillaume. Visiblement, il ne se passait rien.
Il allait être la risée du camp … et sa fiancée ne viendrait pas. Il sentit un bras entourer ses épaules et tourna la tête vers Michèle, qui lui souriait comme une mère sourit à son enfant quand il vient d'apprendre que le Père Noël n'existe pas.
- Je suis vraiment navrée, Guillaume, lui dit-elle gentiment.
- Ce n'est pas grave, Michèle, répondit-il en forçant lui aussi ses lèvres à sourire. Je suis un grand garçon.

Michèle eut un rire triste. Elle semblait aussi déçue que lui. Elle accentua brièvement la pression sur l'épaule du jeune homme pour lui attester de son soutien, puis elle suivit les autres à l'extérieur, laissant Guillaume avec le professeur Monnier et le squelette inerte.
Le jeune homme n'avait pas osé lever les yeux sur ses collègues, il ne voulait pas croiser les regards narquois, ni voir la pitié dans aucun d'eux. Mais il lui faudrait bien affronter celui de son mentor.
- Ça devait se passer comme ça, Guillaume. Je suis désolé. Ne le prend pas pour une trahison, ou de la méchanceté de notre part, à Michèle et à moi, mais nous avons déjà tellement vu d'étudiants exaltés perdre les pédales. Il te fallait un électrochoc. Tu es trop brillant et prometteur pour que je te laisse gâcher tes capacités. Un scientifique doit garder l'esprit clair et logique. Si tu commences à t'embourber dans des chimères, tu y perdras beaucoup plus que ta fierté, crois-moi.
Guillaume ferma les yeux, inspira un bon coup, puis se mit à rire de sa propre bêtise. Comment avait-il pu croire à ces folies, à un simple rêve? C'était vrai, il s'était laissé dominer par son désir de faire une découverte exceptionnelle.
- Merci, professeur, dit-il finalement avec un sourire franc. Je vous suis redevable pour l'éternité. J'ai bien compris la leçon, et vous avez eu parfaitement raison. Je n'aurais entendu aucun de vos arguments tant je croyais …
- Allons, n'en parlons plus, tournons la page. Viens, je te paie un café, et après, tu remettras le fémur dans son carton et nous le renverrons à Paris.
- Bon sang, j'ai honte. Quel idiot! dit encore Guillaume en sortant de la tente … avant de tomber au sol en criant, les mains collées sur les tempes.
A genoux, plié en deux par la douleur, Guillaume criait toujours quand le professeur Monnier se pencha vers lui et appela à l'aide. Il criait toujours quand Michèle arriva avec la trousse de secours, et il criait toujours quand une intense lumière blanche irradia de l'intérieur de la tente. Une seconde à peine, puis elle disparut, et Guillaume s'effondra, inconscient.
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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 13:15



Autour de lui, les cris affolés avaient subitement laissé la place à un silence assourdissant. Guillaume gisait à terre, mais personne ne le regardait. Tous les yeux étaient rivés sur l'abattant de la tente dans laquelle ils avaient laissé le squelette, et d'où la lumière blanche avait émané.
Derrière la toile, on entendait une respiration et les discrets frottements d'un corps en mouvement. Mais avant que quiconque eut trouvé le courage d'aller voir, il y eut un bruit de chute, puis plus rien.
Monnier contourna alors le corps prostré de Guillaume pour pénétrer dans la tente pendant qu'Ahmed et Michèle s'agenouillaient auprès du jeune homme. Il fut retourné sur le dos, la chercheuse posa une main sur son front et les doigts de l'autre main sur sa carotide… il vivait, son cœur battait vite et fort et sa respiration était hachée, mais il ne faisait pas mine de se réveiller.
Elle relevait la tête vers Ahmed pour lui demander de transporter l'étudiant à l'infirmerie quand Monnier ressortit de la tente d'anthropologie, blême et les yeux écarquillés.
- Que se passe-t-il, Monnier? Demanda Paul, le paléontologue.
- Eh bien, il avait raison, répondit-il d'une voix blanche.
- Comment ça? S'écria Michelle, tu veux dire que ça a marché?
- Viens voir par toi-même.
Le professeur tendit une main tremblante vers le panneau de toile pour l'écarter. Il était bouleversé, abasourdi, stupéfié … car absolument rien de scientifiquement concevable ne se trouvait de l'autre coté.

Elle était recroquevillée sur le sol de terre battue, au pied de la table de bois sur laquelle Guillaume avait reconstitué le squelette. Elle était nue, mais la masse incroyable de ses cheveux recouvrait presque entièrement son corps.
Ils étaient bleus, ses cheveux. Du moins, argentés avec une myriade de reflets bleutés. Ils étaient incroyables, lisses et soyeux, vaporeux, irréels. Comme l'était la blancheur veloutée de sa peau sans défaut. Comme l'était le dessin parfait de ses mains, de ses pieds, de ses jambes …
Elle ne bougeait pas et ne donnait même pas l'impression de respirer, mais elle était bel et bien réelle, tout comme était réel le vide qui avait pris la place du squelette d'Ève, sur la planche de bois.
Le regard de Michèle passa plusieurs fois de la table vacante à la créature au sol avant d'admettre ce qu'elle voyait.
- Il faut garder ça secret, murmura Monnier.
- Et comment comptes-tu t'y prendre pour garder ça secret? objecta la chercheuse. Il y a déjà au moins dix personnes de l'autre coté de cette toile de tente qui se doutent de ce qui est arrivé.
- Ils se doutent, ok, répondit Monnier, mais personne ne doit voir et il faut leur dire de ne pas en parler. Il faut d'abord qu'on en sache plus, qu'on comprenne ce qui se passe.
- Tu devrais convoquer tout le monde pour une réunion, proposa alors Michèle en l'enveloppant d'un regard soucieux. Il y aura moins de fuites et de commérages si tout le monde sait ce qu'il en est.
- Tu crois?
Le professeur avait l'air un peu perdu. Il était en tout cas parfaitement décontenancé. Lui qui s'était toujours targué d'avoir l'esprit grand ouvert, libre d'accueillir les plus invraisemblables révélations… ce qui venait de se produire manquait par trop de plausibilité.
- Qu'est ce qu'on fait … d'elle? demanda-t-il encore.
- Laisse-moi m'occuper d'elle, proposa Michèle. Toi, rassemble tout le monde et expose leur la situation. Demande-leur la plus absolue discrétion tant qu'on n'en sait pas plus. Propose-leur de passer la voir par petits groupes, s'ils veulent, et surtout, prend des nouvelles de Guillaume!
- Oui, je vais commencer par ça, d'ailleurs, acquiesça le professeur, soulagé.

Restée seule avec la créature, Michèle commença par s'accroupir à coté d'elle. D'une main hésitante, en retenant sa respiration (après tout, bien qu'elle ait une apparence humaine, son ADN n'avait rien de commun avec celui d'un humain. Elle était peut-être dangereuse.), la chercheuse effleura les cheveux bleus et les trouva aussi doux qu'ils le paraissaient.
S'enhardissant, elle entreprit ensuite de délicatement dégager le visage encore invisible sous la chevelure. Elle ne put réprimer un cri devant ce qu'elle découvrit.
Son visage était indéniablement féminin, et aurait pu sembler humain au premier abord, comme le reste de son corps, mais les subtiles singularités qui la différenciaient d'une humaine étaient troublantes.
Une en particulier. Elle avait, certes, ces os trop fins, ces membres trop parfaits, ces cheveux trop longs et trop bleus, cette peau trop blanche et trop lisse, cette bouche trop appétissante et ces yeux trop grands bordés de cils trop longs… mais ce qui provoqua le long frisson dans le dos de Michèle, ce furent les longues oreilles pointues!
- Madre de Dios! s'exclama-t-elle dans la langue de sa grand-mère, qui lui venait quand elle était trop bouleversée. Se pourrait-il qu'elle soit … quelque chose comme… une elfe?
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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 13:21





Comme la créature ne bougeait toujours pas, la chercheuse anthropologue se risqua à lui toucher le visage, du bout des doigts, comme si elle craignait de la briser.
La peau était chaude. Elle vivait. Ce constat donna le courage à Michèle de chercher son pouls. Elle n'avait pas la moindre assurance de trouver quoi que ce soit ressemblant à un pouls… avait-elle des artères, du sang, un cœur ?
Oui, le sang battait dans la carotide, comme celui de n'importe quel humain. Incroyable. Elle nota soigneusement cette information, comme toutes les autres, dans un coin de sa tête et poursuivit son investigation.
Après quelques minutes d'examen, elle avait trouvé son cœur, à la bonne place, et vérifié qu'elle respirait… le même air qu'eux. Elle voulait encore analyser l'air qu'elle expirait, mais pour cela, il fallait la transporter à l'infirmerie où tout le matériel nécessaire se trouvait.
Il faudrait d'ailleurs en faire venir du Caire. Des appareils plus sophistiqués pour les observations et les recherches qu'elle souhaitait approfondir. En attendant, il fallait trouver un moyen de transporter la "créature" discrètement à l'infirmerie et de l'y tenir aussi cachée que possible.
Furtivement, elle jeta un œil à l'extérieur par le rabat de la tente. Elle espérait repérer Ahmed, à qui elle savait pouvoir faire confiance pour une mission de ce genre. Mais il n'y avait pas d'Ahmed en vue. Elle ne pouvait quitter la tente au risque que n'importe qui y fasse intrusion et découvre la… l'elfe, ou quoi que soit cette créature.
Puis soudain elle songea à son ordinateur portable qui se trouvait à son bureau, au fond de la tente. Enjambant la "créature", elle atteignit celui-ci et l'alluma sans tarder. On avait beau être au milieu du désert, la connexion internet était parfaite, grâce au satellite. Michèle ouvrit son compte skype et tenta d'appeler Monnier sur son ipod.
- Oui, Monnier, dit une voix sèche quand il décrocha.
- Pierre, c'est Michèle. Tu en es où? demanda la chercheuse.
- Guillaume est toujours inconscient mais ses fonctions vitales sont constantes. Il a l'air en pleine forme, mis à part qu'il est inconscient.
- Bon, très bien, reprit-elle. J'ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi.
- Comment ça se passe dans ta tente? demanda-t-il, anxieux.
- Je te raconterai, répondit-elle avec impatience. Il faut que tu convoques tout le monde, et j'ai bien dit tout le monde! Dans le réfectoire, maintenant.
- Oui, c'était plus ou moins ce que j'avais prévu. On pourrait faire ça ce soir…
- Non! Maintenant! Insista-t-elle. Et tu m'envoies Ahmed. Et tu ne dis rien à personne. Dis leur que le squelette s'est volatilisé, qu'il est tombé en poussière, qu'il s'est désagrégé, invente n'importe quoi, mais ne parle pas de la créature !
- Quoi? s'écria Monnier, déconcerté, mais c'est toi qui m'a dit de ne rien leur cacher il y a moins d'un quart d'heure!
- Je sais. C'était une erreur. Fais-moi confiance, Pierre. Rassemble tout le monde, raconte leur des bobards convaincants, tu sais très bien faire ça, et envoie moi Ahmed au plus vite. On se retrouve à l'infirmerie quand tu auras fini.
- Je ne sais pas ce que tu mijotes, Michèle, grommela Monnier, mais tes explications à toi ont intérêt à me convaincre moi!
- Je n'en aurai pas besoin, je crois, lui dit-elle d'un ton doux et un peu angoissé. Tes yeux s'en chargeront pour moi. A tout à l'heure, mon ami.
Et elle raccrocha.
En attendant l'arrivée du terrassier, l'anthropologue sortit d'une armoire un grand carré de toile épaisse et matelassée, utilisé généralement pour envelopper les sarcophages, ou autres grandes pièces très fragiles. Elle le disposa au sol, à coté de celle qu'elle ne pouvait plus se résoudre à appeler Ève, puis elle passa la cordelette de serrage dans les œillets, à la tête et au pied de la toile.
Une fois "emballée" dans ce sac improvisé, Ahmed et elle n'auraient plus qu'à la transporter rapidement à l'infirmerie, profitant de ce que tout le campement serait réuni dans le réfectoire.

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 13:22



Je rêvais.
Mais le brouillard n'était plus blanc, doux et tiède. Il n'y avait plus de brouillard. Il n'y avait qu'un vide affreux, glacial et saturé de silence. Et pourtant c'était le même rêve, j'en étais certain. C'était comme si je reconnaissais un vieil ami malgré qu'il ait terriblement changé. Alors, bien que douloureusement conscient de l'absurdité de ce que je faisais, je tentai de l'appeler … elle.
- Ève? Vous êtes là?
Pas de réponse. Ma voix résonnait dans le silence comme si j'étais dans un immense hangar, et je me maudis à nouveau d'être si naïf et stupide.
Puis
Boum-boum, boum-boum, boum-boum…
Le battement sourd d'un cœur vivant. Pas le mien.
- Ève! Répondez-moi! je criai, incapable d'admettre qu'elle n'existait pas.
BOUM-BOUM, BOUM-BOUM, BOUM-BOUM
Les battements se firent plus puissants, plus clairs, comme s'ils s'approchaient. J'essayai de percer l'obscurité qui m'entourait, sans succès. J'essayai alors de bouger, mais je ne sentais pas mes muscles. Je ne savais plus si je rêvais ou si j'étais réellement enfermé dans mon corps … Mort? Dans le coma? Est-ce cela que l'on ressent après avoir fait un AVC? Était-ce qui m'était arrivé?
Alors je paniquai.
- À l'aide! Est-ce que quelqu'un m'entends?
Je me mis à hurler comme un possédé, terrifié à l'idée d'être pour toujours prisonnier du vide.
BOUM-BOUM, BOUM-BOUM, BOUM-BOUM
Encore ce cœur qui n'était pas le mien, plus proche, plus puissant.
- Te voilà. Je t'ai retrouvé.
Cette voix … Sa voix!
- Ève!!! Où êtes-vous? m'enquis-je en essayant de parler calmement, de rassembler ce qui me restait de santé mentale. Où sommes-nous?
- Je suis désolée, répondit-elle d'un ton qui manquait d'émotion, je ne pensais pas que tu étais si faible. Est-ce seulement toi, ou êtes-vous tous aussi fragiles?
- Fragile? Mais, que m'avez-vous fait? demandai-je, étonné de l'entendre parler si clairement, d'une voix si ferme et maîtrisée.
- J'ai dû utiliser ta force vive pour revenir, expliqua-t-elle. Normalement, enfin, pour mon peuple, cela ne pose pas de problème … ce n'est qu'un petit emprunt. Mais il semblerait que j'aie failli te tuer… Je m'en excuse.
- Vous êtes revenue? m'exclamai-je, incrédule. Mais votre squelette n'a pas bougé! Il ne s'est rien passé! Ce n'était qu'un rêve!
Soudain, je vis rouge et la colère me pris. Je hurlai.
- Ce n'est qu'un putain de rêve! Une saloperie de cauchemars! Foutez-moi la paix, quoi que vous soyez! Allez-vous-en! Sortez de ma tête!
Le silence reprit ses droits alors que je tentais de maîtriser les sanglots qui montaient dans ma poitrine et menaçaient de me submerger. Puis la voix reprit, plus douce et chaleureuse.
- J'aimerais te sortir de là. Je te dois bien ça. Je sais que j'aurais dû mieux te préparer, mais j'étais si faible, j'avais si peur de disparaître et d'échouer. Je ne te demande pas de me pardonner. A cause de moi, tu as failli mourir et j'ai bien conscience que je ne mérite pas ta clémence. Mais je te demande de me laisser essayer de t'aider. De me faire confiance, rajouta-t-elle d'une voix hésitante, presque timidement.
Je ne répondis pas.
Je me laissai pénétrer par ses mots.
Elle avait dit vrai depuis le début. Elle existait réellement et avoir exhumé puis reconstitué son squelette l'avait ramenée à la vie. Elle avait vécu plus de 250 millions d'années plus tôt. Elle semblait dotée de pouvoirs, comme parler aux gens dans leurs rêves.
- Que fais-tu, en ce moment? questionnai-je, passant au tutoiement. Après tout, elle me tutoyait bien depuis le début, elle.
- Es-tu dans le campement? demandai-je encore.
- J'ai retrouvé mon corps mais je ne suis pas encore complètement éveillée. Tes semblables m'ont mise dans un grand sac et m'ont transportée près de toi. Je sens ta présence toute proche, mais pas assez proche pour t'atteindre et te donner ma force. J'écoute et j'apprends tout ce que je peux sur ton monde.
- Je suppose qu'on doit être tous les deux dans l'infirmerie, mais pas dans la même pièce. Ils t'ont certainement mise dans la salle de consultation, là où ils peuvent te surveiller et pratiquer des analyses sur toi.
- Des analyses? demanda-t-elle. Qu'est-ce que c'est?
- Ils vont probablement te prélever du sang … si tu en as, pour comprendre ce que tu es. Et puis de la peau, des cheveux … As-tu … des cheveux?
- Tu aimerais savoir à quoi je ressemble?
- Oui.
- Moi aussi, j'aimerais … savoir à quoi tu ressembles.
- Je m'appelle Guillaume.
- Nimraëlle.
- Alors tu te souviens, constatai-je.
- Grâce à toi. J'ai retrouvé mon corps, mon âme, ma mémoire. Mais pas encore ma vie, ni mon peuple, ni mon avenir. Mon chemin est encore long.
- Qui es-tu? Ou … Qu'es-tu?
- Il n'est pas encore temps … Guillaume, répondit-elle en prononçant son nom avec hésitation. Laisse-moi me reposer un peu. Je vais trouver un moyen de t'aider. Je te recontacterai.
Et le vide affreux, glacial et saturé de silence se referma sur moi.

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 13:28

- Docteur Da Sienta, venez voir! cria Ahmed, je crois qu'il se réveille.
En effet, le petit moniteur de secours auquel était relié Guillaume et qui restituait ses constantes sur un écran, indiquait que le cœur battait plus vite et plus fort, et que l'activité cérébrale s'était subitement intensifiée.
Sa respiration était également plus ample et plus rapide, mais ça, Ahmed pouvait le voir à l'œil nu.
Au moment où Michèle Da Sienta, l'anthropologue, entrait dans le compartiment de toile, les paupières de Guillaume frémirent, puis s'ouvrirent, papillotant à plusieurs reprises.
- Guillaume, amorça-t-elle calmement, est-ce que tu m'entends?
Les yeux du jeune homme se focalisèrent sur la voix et il tourna la tête vers elle. Il fronça légèrement les sourcils, comme surpris, porta une main tremblante à son front, puis répondit d'une voix faible.
- Michèle. Combien de temps…
- Trois jours, nous nous apprêtions à te transférer au Caire, tu nous as fait une sacrée peur! lui apprit-elle plus vivement. Ahmed, ajouta-t-elle en se tournant vers le terrassier, peux-tu prévenir Pierre?
Guillaume attendit que l'ouvrier égyptien quitte la tente pour reprendre.
- Et elle…
- Elle est à coté. Son état est stationnaire, nous ne comprenons pas ce qui l'empêche de prendre conscience. Nous n'avons guère pu pratiquer d'examens, mais tout à l'air normal, à première vue.
- Trois jours? Et vous ne l'avez pas transférée au Caire, ou à Paris?
L'incrédulité troublait Guillaume, qui avait déjà bien du mal à se concentrer.
- Nous avons essayé, Guillaume, mais à chaque fois qu'on a tenté de la déplacer, son rythme cardiaque s'est affolé. On a eu peur de la perdre, alors on l'a laissée là, en attendant de trouver une solution.
- Comment…, il hésita. Comment est-elle?
- Tu veux dire, physiquement? demanda Michèle, dont le regard s'était soudain illuminé. Tu ne vas pas y croire. Elle est … Elle n'est pas humaine, c'est… indescriptible. Tu vas devoir te rendre compte par toi-même.
- Maintenant, lança fébrilement le jeune homme.
- Oh non! Tu rigoles! Tu viens de passer trois jours dans le coma, pas question que tu bouges de ce lit pour l'instant!
- J'ai passé trois jours dans le coma, justement, et j'ai failli mourir pour avoir voulu lui rendre la vie. Ça me donne tous les droits de la voir.
Michèle le regarda un instant en silence, perplexe, puis elle hocha la tête et s'approcha pour l'aider à se lever. Il avait arraché ses électrodes d'un geste impatient et semblait plutôt en forme. Sa peau bronzée avait reprit une belle teinte dorée et son regard brillait d'un éclat qui n'était pas dû à la fièvre. Il respirait normalement, ses gestes étaient lents, mais sûrs et ses lèvres n'étaient plus pâles comme quand il était encore inconscient.
Pas après pas, elle l'aida à quitter le compartiment pour passer dans celui qui le jouxtait et dans lequel était allongée sur un autre lit de camp, la créature. Quand il la vit, le corps de Guillaume se figea. Il écarquillait les yeux, bouche bée, alors que le tumulte de ses pensées vrombissait dans sa tête.
Il l'avait rêvée belle à partir du moment où il avait mis la main sur son crâne parfait. Il l'avait fantasmée plus belle que la plus belle des actrices de cinéma. Puis il avait songé qu'elle n'était pas humaine, et alors il avait imaginé le pire et l'avait vue verdâtre ou grise, la peau parcheminée, transparente ou épaisse comme une carapace, et de longs crocs sanguinolents sortant de sa bouche.
De Charybde en Scylla, son esprit torturé par le désir de savoir avait tout envisagé… sauf ça.
Car elle était en réalité aussi inhumaine qu'il était possible, mais infiniment plus belle que ses rêves les plus fous. Des frissons électriques traversaient son corps alors que ses yeux affamés dévoraient la blancheur de sa peau, la pureté de ses traits, la grâce de son cou, la sensualité de ses lèvres, la longueur de ses cils, la somptueuse invraisemblance de ses cheveux bleutés, et l'adorable incongruité de ses oreilles délicatement pointues.
- Qu'est-elle? demanda-t-il dans un souffle.
- Qui peut le dire? répondit l'anthropologue. En tout cas rien de connu, rien de réaliste, mais mes nombreuses lectures de mordue de fantasy diraient que ça ressemble à une elfe. Qu'en penses-tu, toi?
- Une elfe, murmura-t-il. Oui, ce pourrait être une elfe. Au point où on en est dans l'impossible, on pourrait imaginer que des elfes, lutins, trolls et autres ogres aient réellement vécu sur terre avant notre ère.
- Alors Tolkien n'était peut-être pas seulement un illuminé, plaisanta Michèle. Crois-tu que des elfes lui aient aussi parlé en rêve, comme à toi?
- J'en doute, répondit Guillaume avec un sérieux qui déconcerta sa collègue. Elle dit qu'elle est la dernière de son peuple. Et elle n'a pas pu entrer en contact avec quelque créature que ce soit avant que je mette la main sur le premier de ses os. C'est ce qui a déclenché notre lien. Elle a attendu tout ce temps…
- Oui, mais elle ne se réveille toujours pas, fit remarquer la femme. Pourquoi est-ce qu'elle ne se réveille pas?
- Je n'en sais rien, répondit-il pensivement en s'approchant du lit de camp.
Il vacilla, la tête lui tournait. Aussitôt, Michèle fut près de lui. Elle l'empoigna par la taille et l'aida à s'asseoir au bord du lit de camp. Tout près d'elle.
Il tremblait, mais ce n'étais pas seulement dû à son lever prématuré. Ses mains, surtout, tremblaient. Déchirées entre le désir de toucher et la crainte de profaner. Il resta un moment immobile, la main tendue vers la joue diaphane de l'endormie, puis le désir l'emportant sur la crainte, il frôla la peau et une incroyable chaleur l'envahit. Comme une décharge puissante, non pas d'électricité mais… de plaisir.
Il retira vivement sa main, comme s'il s'était brûlé les doigts. Il avait chaud, soudain et sentait une vague de désir monter en lui. Qu'est ce qui lui arrivait? Il n'était pas un moine, loin s'en fallait, mais jamais il n'avait réagit aussi violemment à la vue d'une femme, aussi belle soit-elle.
- Que se passe-t-il, Guillaume? lui demanda Michèle qui l'avait observé attentivement. Qu'as-tu ressenti?
- Rien, marmonna-t-il gêné. Un coup de jus électrostatique, ça m'arrive tout le temps.
- Mmh, grogna-t-elle, pas dupe mais décidée à attendre encore un peu avant d'exiger une vraie réponse.
Guillaume, quand à lui, n'avait pas quitté l'elfe des yeux et s'était aperçu que son contact avait rosi ses joues à elle aussi. Ce qui le poussa à retenter l'expérience. Lentement, attentivement, il approcha de nouveau sa main de la joue délicate et la prit en coupe dans sa paume. De nouveau il ressentit la puissante onde de plaisir, qui naquit au creux de ses reins pour se répandre dans tout son corps… et en particulier dans une zone trop exposée à son goût, vêtu comme il l'était.
Suite à sa perte de connaissance, il avait été déshabillé pour pouvoir être soigné. On ne lui avait laissé que son caleçon et une chemise d'hôpital ouverte dans le dos. La sensation était si forte qu'il craignit un instant de perdre le contrôle, aussi retira-t-il sa main une seconde fois, tout en tirant sur la pauvre chemise d'hôpital pour tenter de masquer son trouble. Mais son amie n'était pas aveugle, ni naïve.
- Eh bien, on dirait qu'elle te fait de l'effet! s'esclaffa-t-elle. Oh, mais tu rougis?
- Fous-moi la paix, Michèle, tu veux? grogna-t-il. Vas plutôt me chercher un pantalon, si tu veux m'être utile.
- Mais quel caractère! feignit-elle de s'emporter. Où donc est passé l'étudiant doux et posé que je connaissais?
- Je crois qu'il a disparu, répondit-il avec plus de douceur. J'ai dû le laisser dans le monde des rêves, avec l'enfance.
Elle ne répondit rien. Elle fixa sur lui un regard où la surprise se mêlait à la compassion et à la fierté. Elle aurait tant aimé avoir un fils tel que lui. Fort et fragile, honnête, courageux, si vivant. Mais l'anthropologie avait toujours été son seul amant et son seul enfant.
Brusquement, elle ressentit avec violence le vide qu'était sa vie et la tristesse l'envahit comme une lame de fond.

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 13:39



Pierre Monnier la tira de ses sombres pensées en ouvrant le rabat de la tente. Quelques secondes plus tard, il entrait dans le compartiment, un franc sourire plaqué sur les lèvres.
- Guillaume! lança-t-il d'une voix forte. Tu es enfin réveillé! Mais, est-ce bien prudent de le laisser se lever si tôt? demanda-t-il à l'adresse de Michèle.
- Je n'ai rien pu faire, avec cette tête de mule! répondit-elle en couvant le jeune homme d'un regard maternel. Il tenait absolument à la voir, et c'est légitime, tu ne trouves pas ?
Le professeur fronça les sourcils en observant le garçon qui restait fasciné par la créature étendue à ses cotés. Guillaume n'avait pas répondu à son salut, ne s'était même pas tourné vers lui. Il ne l'avait pas quittée des yeux, elle.
........................................

Les souvenirs lui revenaient. De plus en plus. De plus en plus précis.
Au fil des heures et des jours, elle retrouvait son passé dans les moindres détails. Mais c'était comme un film qui raconterait la vie de quelqu'un d'autre. Les émotions qui auraient dû aller avec les images n'étaient pas là.
Ainsi elle se souvenait précisément de qui elle était, de ses parents, de sa famille, de la vie qu'elle menait, de ceux qu'elle avait connus. Mais aucun sentiment n'accompagnait ces connaissances. Son passé lui semblait… étranger.
À l'inverse, chaque détail des conversations oniriques qu'elle avait eues avec Guillaume était vibrant et brûlait dans son esprit comme une flamme de vie. Instinctivement, elle avait compris que sa nouvelle existence était intimement liée à celle de cet être inconnu, même si elle ne comprenait pas encore de quelle manière, ni dans quelles proportions.
C'est la raison pour laquelle elle avait stoppé sa renaissance avant qu'elle soit achevée. Dès qu'elle avait sentit qu'elle puisait trop en lui et qu'il risquait de mourir, elle avait aussitôt cessé, de crainte de perdre son seul moyen de renaître. Du coup, elle se trouvait pour l'heure prisonnière de son corps. Vivante à moitié.
Mais cela ne l'affolait pas. Pas encore. Elle trouverait une solution en cherchant dans l'immense bibliothèque de souvenirs, qu'elle avait à sa disposition, pour trouver un moyen de terminer sa renaissance sans utiliser Guillaume.

À son époque, la Terre s'appelait Gaïa. Il n'y avait qu'un seul continent, gigantesque, entouré d'océans sauvages. Les espèces qui se partageaient Gaïa étaient aussi diverses et variées que celles qui peuplaient à présent la Terre. Mais aucune n'était commune aux deux époques.
Nimraëlle se souvenait de son peuple, les elfes, qui habitaient les hautes forêts tempérées. Elle se souvenait des nains et des gnomes, qui vivaient dans les zones montagneuses, avec les dragons. Des fées et des lutins hantant les bosquets et les prairies où marchaient les centaures.
Et puis, elle se souvenait des ogres et des orcs, maraudant partout où ils pouvaient répandre la souffrance et la désolation. Ceux-là ne lui manqueraient pas dans cette nouvelle vie.
Pourtant, aussi nuisibles qu'ils aient été, la fin de Gaïa ne leur était pas imputable. Ils avaient péri et avaient été rayés de la carte au même titre que toutes les autres espèces, y compris les si puissants dragons. Et s'il restait une maigre chance que l'héritage des elfes soit sauvé, elle pesait toute entière sur ses seules épaules.

Quand le feu du ciel s'était abattu sur Gaïa, plongeant le monde dans le chaos, plus de la moitié des créatures qui le peuplait périrent. Broyées par un tremblement de terre, noyées dans une inondation, brûlées dans un incendie ou sous la lave d'un volcan fou.
Dans ce chaos que nul, pas même le plus grand mage des elfes, pas même le plus vieux seigneur des dragons n'avait su prévoir, Armédia, la reine des elfes, avait alors fait preuve d'un sang froid exemplaire. Elle avait appelé à elle tous les elfes qu'elle avait pu atteindre par l'esprit, presque tous ceux encore en vie. Puis en attendant qu'ils atteignent le cœur de la forêt sacrée, elle avait préparé, avec l'aide de ses mages, les sorts qui sauveraient leur héritage.
Quand tout fut prêt, quand l'apocalypse fut sur le point d'engloutir les derniers vivants, il ne restait que mille cinq cent elfes. Les derniers survivants d'un peuple glorieux.
Au moment de mourir, chacun d'eux vint confier son âme à la reine Armedia, déversant en elle son essence magique et tous ses souvenirs. Au fur et à mesure qu'ils mouraient en se vidant de leur essence, la reine se gorgeait de puissance, de savoir, de magie.
Elle était le calice, le dépositaire de l'héritage de tout un peuple. Pendant ce temps là, les mages tissaient un sort sur le cœur de la forêt sacrée. Un sort d'une puissance jamais osée. Cet endroit serait comme un aimant pour toutes les formes de vie qui parviendraient à se relever du chaos, et ce aussi longtemps que l'héritage des elfes serait en sommeil.
La reine Armédia conserverait en elle l'essence et la mémoire du peuple, afin de lui donner une chance de revivre, dans un futur plus clément.

Dans les souvenirs de Nimraëlle, elle se revoyait, si jeune, si pleine de vie et d'espoir, attendant avec foi que vienne son tour de confier son âme à sa reine bien aimée.
Il ne restait plus avant elle que les mages. En tant que servante personnelle d'Armedia, elle devait la soutenir et pourvoir à ses besoins jusqu'au dernier instant. Mais la reine était très âgée et à cet instant, son millénaire d'existence pesait lourdement sur son organisme. L'afflux démentiel de pouvoir et de savoir était de plus en plus insupportable pour la vieille reine, Nimraëlle le voyait bien.
Puis était venu le tour du dernier Haut Mage. Il avait déversé son essence magique dans le corps d'Armedia avant de mourir à son tour, puis la reine s'était effondrée, livide, mourante, le souffle rauque.
- Majesté! s'était écriée Nimraëlle, affolée.
La jeune elfe s'était agenouillée à coté de sa reine et avait tenté de l'aider à se relever.
- Majesté, vous devez terminer! Vous devez prendre mon essence et nous emmener tous avec vous, ne lâchez pas prise, je vous en supplie! Tenez bon!
- Nimraëlle, ma fille, avait murmuré Armedia. Je ne pourrai pas. Je suis trop vieille, trop faible. Je me suis trompée.
- Non, c'est impossible, vous ne pouvez pas tout laisser tomber maintenant!
- Comprend-moi bien, Nimraëlle, avait péniblement chuchoté la reine. Pour rendre la vie au peuple, il faudra à nouveau donner à chaque âme un corps à habiter. Pour peu qu'il y ait des corps qui ressemblent aux nôtres dans cet avenir inconnu. Je suis terriblement vieille et épuisée. C'est un organisme jeune, fort et vif qu'il faut à notre héritage.
- Que voulez-vous dire? avait interrogé la jeune elfe d'une voix blanche, le visage pâle, effrayée de comprendre.
- C'est toi qui dois sauver le peuple, et le porter vers demain, Nimraëlle.
- Non, majesté, je ne peux pas faire ça! s'était exclamé la servante, je ne suis rien!
- Tu es tout ce qui reste du plus glorieux des peuples, Nimraëlle. À ce moment, tu ES le peuple. Tu es ce que nous avons de plus précieux. Et surtout, tu es notre dernier espoir.

Nimraëlle se souvint de la peur, de l'angoisse vrillant ses entrailles, de la solitude amère face à son destin. Car elle n'avait pu faire semblant de l'ignorer, ni même s'en détourner. Elle avait été la dernière, et la reine se mourait.
- Dites-moi ce que je dois faire, avait-elle finalement cédé, d'une voix glacée par la conscience aigüe du manque d'alternative.
La reine lui avait tout expliqué, usant ses dernières forces à préparer cette humble servante à la tâche invraisemblable qui serait la sienne.
Puis elle lui avait transmis tout ce qui restait de l'héritage des elfes, l'essence magique, l'âme des mille cinq cent derniers d'entre eux. Enfin elle avait rendu son dernier soupir, laissant Nimraëlle seule, face au néant.
La terreur avait d'abord manqué d'anéantir la jeune servante, puis la mémoire des elfes, en elle, s'était ouverte, et elle avait eu accès, soudain, à un incommensurable savoir. Alors avec courage, sagesse, et un calme qu'elle ne se connaissait pas, elle avait mis en œuvre le processus final. Elle s'était endormie pour une infinité de siècles, en serrant dans ses bras son peuple bien aimé.

Revenant au présent, parce qu'elle refusait de s'appesantir sur la longue attente qui avait suivi sa "mort", Nimraëlle ouvrit la grande bibliothèque du savoir des elfes et commença à chercher le moyen de rendre sa force à Guillaume puis celui d'accomplir sa renaissance sans puiser à la force vitale de l'humain… s'il en existait un.
Ce qu'elle avait déjà pu "absorber" de ce nouveau monde lui paraissait étrange, mais les elfes apprenaient extrêmement vite et possédaient des facultés d'adaptation hors du commun. Elle savait qu'il ne faudrait pas longtemps à son peuple pour comprendre celui là, puis l'intégrer, comme il l'avait déjà fait par le passé.
Elle en était à désespérer de trier parmi les milliers de sorts, de talents et de pouvoirs à sa disposition, sans en trouver un seul qui puisse lui être utile, quand elle sentit une étrange distorsion dans sa conscience.
Une vague douleur, comme une déchirure, un vide.
Laissant ses recherches de coté, elle sonda ses perceptions, ses sensations, et découvrit rapidement la source de son malaise. La connexion avec Guillaume s'était subitement affaiblie. Elle n'était pas coupée mais étirée à l'extrême, elle était ténue, transparente.
Paniquée, Nimraëlle sentit son cœur s'affoler un instant, juste le temps qu'elle reprenne son empire sur elle-même et se mette à réfléchir.
Bien sûr, il est enfin réveillé, pensa-t-elle. Il n'a pas eu besoin de moi pour ça, finalement. Ce poids en moins sur la conscience, puisque Guillaume était semblait-il sauvé, elle allait pouvoir se consacrer pleinement à sa propre renaissance. Finalement, se dit-elle encore, ce ne serait pas plus mal qu'il s'éloigne et que cette connexion disparaisse. Elle réfléchirait mieux sans lui. Elle ne comprenait pas comment, mais il parvenait à parasiter ses pensées d'une manière… dérangeante.
Elle frôla encore du bout de l'esprit les bords du vide où s'était trouvé Guillaume. Il était encore là sans y être, comme un fantôme. Elle s'habituerait à son absence. Après tout, elle ne le connaissait même pas vraiment.

Alors qu'elle allait se remettre à ses recherches, elle fut une nouvelle fois dérangée, mais physiquement, cette fois. Ses oreilles percevaient des voix, sans encore parvenir à comprendre les mots. Elles étaient proches, elle entendait parfaitement les sons : graves et chauds pour l'une, ronds et plus aigus pour l'autre.
Puis il y eut un mouvement tout près d'elle, un poids enfonça le matelas sur lequel elle était étendue, juste à coté de sa hanche. Une chaleur en émanait. Un corps? Qu'allaient-ils encore lui faire? On l'avait déjà palpée, piquée, soulevée, retournée, et pour quoi? Comprendre ce qu'elle était, selon Guillaume? Contrariée, elle attendit, mais plus rien ne se passait.
Celui ou celle qui semblait s'être assis à coté d'elle devait se contenter de l'observer. Quelle tête pouvait-elle avoir? Était-elle de nouveau celle qu'elle avait été? Ou avait-elle changé? Pour le savoir, il lui faudrait renaître pour de bon.
Elle sentit la chaleur sur sa joue avant même le contact, bref, intense, brûlant. Comme une décharge d'adrénaline, une vague de feu qui se propagea dans tout son corps. La sensation était si inattendue et si nouvelle pour elle qu'elle en eut le souffle coupé. Ça n'avait duré qu'un centième de seconde et déjà elle attendait, frissonnante, que ça se reproduise. Toute entière concentrée sur ce qu'elle percevait de l'extérieur, elle sentit à nouveau la chaleur approcher de sa joue, avec une lenteur exaspérante.
Puis à nouveau le contact, tendre, merveilleux, si doux et si chaud qu'il lui sembla soudain être à nouveau blottie dans les bras de sa mère, chez elle, dans leur maison-d'arbre. Mais ce contact était en même temps si fort, si sensuel, si imposant qu'elle eut l'impression d'un abri inviolable, d'un rocher immuable qui ne serait qu'à elle. Et cette fois, cela dura un peu plus longtemps.
Ses souvenirs lui disaient que ce pouvait être l'effet de la paume d'une main qui aurait pris sa joue en coupe, comme le fait un amant avant d'embrasser celle qu'il aime… ce devait être une erreur. Après tout ce temps, certains de ses souvenirs devaient être faussés.
Malgré sa perplexité, Nimraëlle goûta pleinement les sensations qui lui étaient offertes, si nouvelles, si délicieuses. Puis quand le contact fut rompu et que la chaleur s'éloigna, elle gémit intérieurement et sentit son corps se tendre vers l'objet de ce bien-être trop fugace. Il fallait qu'elle trouve le moyen de renaître, absolument! Elle voulait revivre ça, elle avait autant besoin de contact physique et d'émotions que d'air à respirer. Et puis, bien qu'ils l'aient examinée sous toutes ses coutures, les êtres dont elle dépendait ne l'avaient pas encore nourrie, et elle commençait à avoir faim.


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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 13:43



Tirant Guillaume de sa rêverie éveillée, le professeur Monnier posa une main sur son épaule.
- Alors, mon garçon, est-elle aussi jolie que dans tes rêves?
- Je n'aurais jamais osé rêver ça, professeur. Elle est indescriptible.
- C'est exactement comme ça que je la décris moi-même, ironisa Monnier. Mais trop de questions sont encore sans réponse et le temps presse. Les langues commencent à se délier, les autorités, nos mécènes, tout le monde veut savoir ce qui se passe. Nous allons avoir besoin de ton aide.
- Et que pensez-vous que je sois en mesure de faire, professeur? demanda Guillaume d'un ton un peu trop acerbe.
- Écoute, nous te devons des excuses, pour ne pas t'avoir cru, c'est vrai. Mais mets-toi à notre place. Comment pouvions-nous créditer de telles… énormités? Maintenant, nous sommes forcés d'admettre, devant les faits, que tu avais raison sur certains points : la créature a repris corps. Donc je suis bien obligé de supposer que tu pouvais dire la vérité sur les autres points. Et crois bien que je n'essaie pas de te dénigrer! Tout ça est seulement bien trop incompréhensible pour moi.
- Ça l'est pour moi aussi, professeur, se radoucit Guillaume. Depuis le début. Mais dites-moi ce que vous attendez de moi, j'essaierai de vous aider de mon mieux, bien que je ne voie pas trop en quoi je pourrais vous être utile.
- Tu disais qu'elle te visitait en rêve. Qu'elle te parlait.
- Oui, c'est vrai. Elle m'a encore parlé quand j'étais inconscient. Elle s'est excusée d'avoir prit ma …force vitale, je crois, pour "renaître". Elle pensait, apparemment, que j'en aurais suffisamment pour la faire revenir complètement à la vie.
- Suffisamment de quoi? demanda Michèle.
- Ben, de cette "force vitale" dont elle parle. Elle a dit qu'elle ne pensait pas que je serais aussi fragile et m'a demandé si c'était le cas de tous mes semblables.
- Elle t'a dit ce qu'elle était, elle? demanda encore Monnier.
- Non, mais elle m'a dit qu'elle était la gardienne de l'héritage de son peuple, un truc comme ça. Je n'en sais pas plus, en fait. Elle s'est excusée et m'a dit qu'elle tenterait de me sortir de là, de mon coma. Je ne sais pas si c'est elle qui m'a réveillé.
- Je ne sais pas non plus, répondit Michèle, rêveuse. Mais qui peut dire de quoi est capable une telle créature?
- Je ne peux rien vous dire de plus, repris Guillaume, elle ne m'a rien dit d'autre.
- Tu ne sais pas comment faire pour qu'elle prenne conscience? insista le professeur.
- Non, répondit Guillaume après un moment de réflexion, mais peut-être pourrais-je la recontacter en rêve…
- Excellente idée! s'exclama Monnier. Retourne te coucher, essaie de te rendormir.
- Pas question! intervint brutalement Michèle. Ce garçon n'a rien avalé depuis trois jours, il va aller manger, boire, prendre une douche, marcher un peu, puis s'il le souhaite, il pourra se reposer. Et s'il s'endort, il pourra tenter de contacter la créature.
- Nimraëlle.
- Nimraëlle … c'est son nom? s'exclama Michèle. Quel prénom magnifique!
- Tout en elle l'est, n'est-ce pas? murmura Guillaume.

Ce n'est qu'en entrant sous la tente-réfectoire que Guillaume se rendit compte à quel point il avait faim. L'odeur de pain azyme juste sortit du four, de viande grillée et de fruits sucrés fit gronder douloureusement son estomac, et il dû se faire violence pour ne pas se jeter sur la nourriture.
Manger fut une véritable résurrection. Il engloutit les plats qu'on lui présentait comme il ne l'avait jamais fait, lui qui avait un appétit d'oiseau, et ne parvint à se sentir rassasié qu'après trois énormes assiettes de couscous, une miche entière de pain tartiné de fromage de chèvre et un plein panier de fruits. Mais après cette orgie, il se sentait plus fort et plus solide que depuis des mois.
La vie dans le désert était passionnante, mais il fallait avouer que les levers aux aurores, le travail sous un soleil de plomb et des températures inhumaines, l'eau suspecte et la nourriture rationnée avaient petit à petit prélevé leur tribut sur son corps pourtant athlétique. Depuis son arrivée, il avait perdu du poids et s'était affaibli sans en prendre conscience.
Ce que Nimraëlle lui avait pris pour reconstituer son corps ne l'aurait pas plongé dans le coma s'il avait été en pleine possession de ses moyens, il en était convaincu. Quand il reprendrait contact avec elle, il le lui dirait, il la convaincrait de puiser à nouveau en lui pour terminer ce qu'elle avait commencé.
Mais pour l'heure, il allait consacrer ce qui restait de jour à marcher dans les dunes. L'air doux du soir tombant lui ferait du bien, et il avait hâte de voir le coucher du soleil.

Un vent léger soulevait le sable, l'envoyant tourbillonner autour des pieds nus de Guillaume, comme tourbillonnaient les mèches sombres de ses cheveux autour de son visage.
Il fermait les yeux, laissait courir sur lui la sensation merveilleuse de l'immensité du monde. Il aurait tant voulu partager cet instant avec Nimraëlle. Il l'imaginait ressentir pour la première fois depuis tant de millions d'années la caresse du vent sur sa peau, la brûlure du soleil, le sable crissant sous ses pieds, les odeurs de la nuit… comme il avait hâte de redécouvrir tout ça à travers elle.
Il l'observerait pendant qu'elle apprivoiserait le monde à nouveau, il verrait ses pensées dans son regard. Son regard. Bon Dieu, de quelle couleur pouvaient bien être ses yeux? Et le son de sa voix? Serait-elle la même que dans ses rêves?

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 13:45



Quand le soleil fut enfin couché, que Guillaume eut rassuré tous ses collègues et amis sur sa santé et qu'il eut rejoint Michèle et Pierre Monnier à l'infirmerie, le jeune homme était prêt à retrouver sa fiancée.
Ce mot qui avait presque été une boutade résonnait à présent en lui comme une promesse de brûlure… elle pouvait le consumer, ou l'enflammer.
- Te sens-tu prêt, Guillaume? s'enquit Monnier.
- Oui, mais je veux dormir à coté d'elle.
- Pourquoi? demanda le professeur. Penses-tu que ça facilitera le dialogue?
- Non, je ne sais pas. Je veux juste être près d'elle. Je ne lui ferai rien, ajouta-t-il soudain d'une voix pleine de colère, comme il surprenait un regard concupiscent du professeur vers Nimraëlle.
- Ça, je me doute que tu ne vas pas la violer, Guillaume! s'écria Monnier. Je te connais, qu'est ce que tu crois! Et puis tu as raison, lâcha-t-il encore, nous aurons plus de facilité à vous surveiller si vous êtes tous les deux dans la même pièce.
- À veiller sur eux, Pierre, intervint Michèle avec douceur, pas à les surveiller.
- Je parlais de surveillance médicale, répliqua-t-il sèchement.
- Ok, c'est bon, céda Guillaume en levant les mains. Je vais chercher mon lit de camp, faites ce que vous voulez, mais ne me réveillez pas. Laissez-moi gérer.

Guillaume s'installa à coté de Nimraëlle, assez près pour pouvoir la toucher en tendant le bras, et Michèle amena un fauteuil de toile qu'elle déplia de manière à se trouver face aux deux endormis. Elle espérait être témoin de quelque chose, un mouvement, même infime, un changement quelconque dans l'attitude ou dans l'état de l'elfe. Et puis, elle espérait pouvoir faire quelque chose au cas où Guillaume serait en danger, mais là-dessus, elle ne se faisait guère d'illusions.

J'y étais, dans le rêve blanc. J'en retrouvais la sensation, la douceur, le vide, la lumière.
- Nimraëlle! appelai-je. Êtes-vous là?
- Guillaume.
Sa voix claire était pigmentée de doute, d'incrédulité. Croyait-elle que je l'avais abandonnée? Mon sang s'échauffa.
- Je suis revenu te chercher, Nimraëlle. Dis-moi comment faire pour te ramener.
- Alors, tu es réveillé. Tu es sauf. C'est bien.
Elle avait l'air soulagée, mais résignée aussi. Une pointe glacée s'enfonça dans mes entrailles, provoquant de longs frissons dans mon dos. L'angoisse. La peur.
- Nimraëlle, comment puis-je te ramener? Il faut terminer ce qu'on a commencé. Tu dois renaître, assénai-je fermement.
- Tu as failli mourir, Guillaume. Ce n'est pas mon but de prendre ta vie pour sauver la mienne. Même pour sauver mon peuple, je ne le ferais pas. C'est contraire à nos valeurs. Chez les elfes, la vie est une priorité.
- Alors c'est bien ce que tu es, une elfe. On s'en était douté.
- Ah bon? s'étonna-t-elle. Votre race connait la mienne? Vous connaissez des elfes?
- Non, répondis-je, enfin, pas vraiment. Les elfes sont des êtres imaginaires, un mythe, comme il y en a tant d'autres, et nos conteurs aiment inventer des histoires pleines de créatures fantastiques. Mais depuis toi, nous sommes un très petit nombre à savoir que les elfes ne sont pas une légende … vous avez bel et bien existé. Et si longtemps avant nous qu'il est impossible que votre souvenir ait traversé le temps pour venir jusqu'à nous. Entre votre disparition et l'avènement des premiers Hommes, des millions d'années se sont écoulés… il y a tant de questions sans réponses.
- À cette question-là, je peux apporter une réponse, dit-elle doucement. Notre magie est puissante, et en quelques endroits où elle était concentrée, il a pu subsister des parcelles résiduelles de notre essence. Si votre race y est sensible, il est possible que des individus aient perçu la mémoire de ce que nous étions … comme un rêve.
- Comme ces rêves où tu me parles?
- Un peu comme ça, oui, mais nous, c'est réel. Je te parle vraiment.
Mon cœur fit un bond en entendant ces mots. En sa présence, je devenais pire qu'un adolescent transi. J'avais de nouveau chaud. Je ne savais plus si j'étais encore dans le rêve ou dans la réalité, mais je sentais bien mon corps réagir aux pensées qui m'agitaient. Le traître.
- Guillaume, hésita-t-elle, est-ce que… tu m'as touchée?
- Tu l'as senti?
- Alors c'est vrai? insista-t-elle. C'était toi?
- J'ai touché ta joue, répondis-je enfin. Je voulais connaitre ta peau, ajoutais-je dans un murmure. Tu es tellement belle.
J'avais la gorge serrée d'oser lui dire ça. Je n'avais jamais été un grand parleur, plutôt mal à l'aise avec les filles et trop passionné par mes études pour prendre le temps de les aborder, trop peu sûr de moi pour tenter de les séduire. C'était la première fois que je disais à une femme ce que je pensais d'elle, et c'était terrifiant. Mais j'avais conscience que ce serait pire encore quand elle s'éveillerait, et qu'elle me verrait. J'angoissais déjà à l'idée du dégoût et de la déception que je lirais dans son regard.
- Tu me trouves belle, constata-t-elle. Alors j'ai dû changer.
- Pourquoi? demandai-je. Tu ne l'étais pas?
- Oh, disons que j'étais ordinaire. Mais dans ma condition, c'est normal. Il aurait été malvenu que je surclasse mes maîtresses.
- Tes maîtresses? m'exclamai-je, interloqué. Tu étais quoi? Une sorte d'esclave?
- Je ne sais pas ce que c'est, ce dont tu parles. J'étais de la caste des servants. J'avais l'honneur d'être au service de la reine et de sa suite. J'étais même sa servante personnelle, expliqua-t-elle avec fierté. C'est elle qui m'a…
Sa voix s'était brisée sous le coup de l'émotion. Elle poursuivit avec des sanglots dans la gorge.
- C'est elle qui m'a chargée de l'héritage de notre peuple, parce qu'elle était trop faible et trop âgée pour mener au bout sa mission. Elle m'a fait confiance et m'a tout donné, sa vie comme celle des mille cinq cent derniers d'entre nous, notre essence magique, notre mémoire, tout notre savoir. Tout est en moi et n'attends qu'une chose, que je renaisse.
- Alors dis-moi comment faire! Je peux t'aider, je suis le seul à pouvoir t'aider, j'en suis sûr!
- Je ne peux pas prendre ta vie, c'est impossible, je ne peux pas faire ça.
- Tu as dit que tu n'avais pas prévu que je serais si fragile. Pourtant je t'ai déjà rendu ton corps. Ton cœur bat, tu respires et tu as même sentit le contact de ma main sur ta joue. Il ne manque plus grand-chose pour que tu reviennes complètement, j'en suis convaincu. Et de mon coté, je me suis rendu compte que la vie que je menais depuis quelques temps m'avait considérablement affaibli. Aujourd'hui, je suis reposé et j'ai mangé, je me sens plus fort que jamais. En tout cas bien plus que je l'étais quand tu as pris ma force vitale. Je suis sûr que je le suis assez pour te ramener, Nimraëlle. Il faut essayer.
Elle sembla hésiter un long moment. Je ne voulu pas la presser, ni rompre le silence qui s'était installé. J'attendis qu'elle prenne sa décision. Elle finit par avouer avec peine :
- Si tu mourais, je ne me le pardonnerais jamais.
- Je ne mourrai pas, répondis-je alors très vite, avant que ses mots n'atteignent mon cœur et ne me laissent sans voix. Je suis bien plus résistant que tu l'imagines. Je ne mourrai pas parce qu'il est hors de question que je meure avant d'avoir vu la couleur de tes yeux, d'abord.
Elle garda le silence quelques instants encore, me mettant au supplice, puis elle poussa un profond soupir de résignation.
- Tu n'as rien de spécial à faire, nous sommes déjà connectés. C'est à moi de puiser dans ta force vitale. Toi, ta mission, c'est de rester vivant, tu m'as bien comprise?
- À tes ordres, ma reine, répondis-je avec un indicible soulagement.
- Je ne suis pas ta reine, Guillaume, ni celle de personne! Je suis une servante, je te rappelle!
- Allons, Nimraëlle, comment crois-tu que te verras ton peuple quand tu lui auras redonné la vie? Ta reine t'a donné les pleins pouvoirs pour sauver son héritage, n'est ce pas? Tu es son héritière.
- Ne dis pas n'importe quoi! répliqua-t-elle.
Mais dans sa voix j'entendais plus d'incrédulité rêveuse que d'irritation.
- Nimraëlle, repris-je plus sérieusement, quand je me réveillerai, demain matin, j'aurai besoin de manger. Il faut que j'emmagasine un maximum d'énergie avant que tu ne commences à puiser.
- Oui, bien sûr. Mais alors, comment saurais-je quand commencer?
Je pris mon courage à deux mains en même temps qu'une grande inspiration, puis je tentai :
- Et si… je posais à nouveau ma main sur ta joue? Est-ce que… ça suffirait comme signal?


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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 13:56



Le matin trouva Guillaume gonflé de joie, d'énergie et de détermination. Avant même d'avoir posé un pied au sol, il embrassait déjà du regard le visage paisible de Nimraëlle. Il n'en revenait pas des progrès qu'elle faisait. Dans sa façon de parler et son mode de pensée, à présent, elle semblait presque aussi humaine que lui.
Instinctivement, son premier mouvement avait été de tendre la main vers elle pour caresser sa joue, mais il s'était retenu à temps, se souvenant que ce serait le signal qu'il était prêt à lui donner sa force vitale. En premier lieu, il lui fallait se nourrir et prendre de quoi tenir le coup.
- Alors? Tu as pu lui parler?
La voix de Michèle le tira assez brutalement de ses pensées, le faisant sursauter. Il avait oublié qu'elle s'était proposé de passer la nuit auprès d'eux, pour "veiller sur eux" pendant leur sommeil. Elle semblait épuisée, ses yeux étaient rouges et sa peau chiffonnée. Elle avait dû prendre son rôle très au sérieux.
- Oui, sourit-il, nous nous sommes parlé. Je vais l'éveiller aujourd'hui.
- Vraiment? s'écria-t-elle en se redressant d'un bond. Est-ce qu'elle t'a dit comment faire?
- C'est elle qui fera tout. Comme l'autre jour, elle va puiser dans ma force vitale. Mais cette fois, je serai prêt. Il faut que je mange et que je prenne de quoi booster mon énergie.
- Des barres énergétiques, du magnésium, de la vitamine C… on a tout ça en stock, pas de problème. Tu es sûr que ça ira?
- Certain. Vous surveillerez, de toute façon. Je veux être branché à l'électrocardiographe, que vous teniez prêts le défibrillateur et une seringue d'adrénaline au cas où.
- Et tu appelles ça être certain? s'écria-t-elle horrifiée. Si tu risques la mort, pas question qu'on tente le coup, mon petit gars! Je ne veux pas être responsable de ça ni de près, ni de loin!
- C'est pour ça que toutes les précautions seront prises, Michèle, expliqua-t-il comme s'il avait affaire à un enfant. Et de toute façon, je lui ai promis de ne pas mourir.

Dans son angoisse mêlée de colère, l'anthropologue ne releva pas l'insulte. Elle avait plus été frappée par ce qu'il avait dit en dernier. Par contre, elle l'inonda de questions. Docilement, Guillaume répondit à toutes celles dont il avait la réponse, lui relatant point par point son entretien avec Nimraëlle.
Petit à petit, Michèle s'anima. Cette histoire devenait vraiment plus passionnante que toutes les sagas de fantasy qu'elle ait pu lire!
Et puis, elle y voyait plus clair dans ce qui arrivait au garçon. Il était visiblement très amoureux de la créature et était réellement prêt à risquer sa vie pour elle. Contre ça, vu son caractère borné, elle ne pouvait rien. Mais elle pouvait, en revanche, tout mettre en œuvre pour qu'il y survive.
Elle était d'accord avec lui quand il disait que s'il avait résisté à la première "ponction" de force vitale alors qu'il était très affaibli, il avait beaucoup plus de chances de supporter la seconde sans problème, après trois jours d'un coma qui s'était plutôt révélé être un repos forcé.
Depuis, il avait également rattrapé son retard sur la nourriture. Elle reconnaissait qu'entre son arrivée sur le chantier et le jour où il avait complété le squelette, il avait perdu beaucoup de poids et avait donné beaucoup de sa personne. Le manque de sommeil et les conditions climatiques avaient laissé des traces dans son organisme et sur son visage, buriné et creux. Ses yeux autrefois si vifs étaient largement plus cernés dans les derniers jours.
Aujourd'hui, il semblait beaucoup plus en forme. Reposé, le regard vif, le teint frais. Il était loin d'avoir repris un poids correct, mais il sentait bien l'énergie qui courait dans son corps. Oui, il avait sans doute raison. Cette fois, il réussirait.
- Elle a réagit, cette nuit, lui apprit-elle à brûle pourpoint.
- Comment ça? demanda-t-il en se tournant vivement vers elle.
- De légers froncements de sourcils, la respiration qui s'accélère par moments. Rien de plus, mais à part la rougeur sur ses joues quand tu l'as touchée hier, elle n'avait jamais eu la moindre réaction, jusque là.
Il sourit. Brusquement heureux d'être celui qui faisait froncer ces si gracieux sourcils.

La réunion avec Monnier, Michèle, le médecin du camp, le représentant de la fondation qui finançait les fouilles et un représentant du gouvernement égyptien se déroula dans le réfectoire.
Ils entouraient Guillaume qui, affamé et consciencieux, dévorait autant de nourriture que possible. Autour de lui, le débat faisait rage et les questions fusaient. Le professeur Monnier y répondait d'un ton posé et professionnel, appuyé par Michèle qui apportait régulièrement une précision ou confirmait une assertion.
Guillaume semblait totalement étranger à tout ça, indifférent à tout ce qui n'était pas son repas, mais il jetait de fréquents regards aux deux "costard-cravate". Et chaque fois, il les surprenait qui l'observaient à la dérobée, d'un air perplexe, méfiant, voire effrayé en fonction de ce que Monnier était en train de raconter.
Il ne suivait que vaguement la conversation parce que sa décision était déjà prise, quoi qu'ils aient à objecter. Il éveillerait Nimraëlle, et il ne mourrait pas. Un point c'est tout. Mais à sa grande surprise, au moment où tout semblait bloqué, le représentant de la fondation ayant affirmé qu'il sècherait tous les crédits si on attendait pas qu'une commission se soit constituée, ait enquêté et statué, le médecin du camp intervint.
- De deux choses l'une, dit-il d'un ton sans appel, soit on attend la décision d'une commission quelconque et Nimraëlle meurt en emportant tous ses secrets, soit on laisse Guillaume faire ce qu'il sait devoir faire et on ressuscite un peuple mythique. Maintenant, choisissez, et dépêchez-vous, on a plus beaucoup de temps.
Guillaume cessa de manger et porta sur le médecin un regard admiratif et reconnaissant. Puis il tourna les yeux vers le représentant de la fondation et le fixa sans rien dire. La détermination flambait dans ses prunelles.
L'homme en costume gris eut un raclement de gorge et porta deux doigts à sa cravate, dans l'intention manifeste de la desserrer, mais il suspendit son geste à temps, reprit contenance en baissant les yeux puis déclara :
- Je ne peux pas prendre seul cette décision, ça m'est impossible. Tout comme il m'est impossible de vous empêcher de faire ce que vous prévoyez de faire. Je me vois donc dans l'obligation de rentrer au Caire afin d'établir un rapport sur vos agissements et sur toutes les conséquences qui en découleront. Quand il sera prêt, je l'enverrai à Paris et vous vous débrouillerez avec la direction.
- En somme, vous allez nous laisser faire, dit Guillaume d'une voix sombre, et nous serons punis, ou pas, en fonction des résultats… c'est très courageux de votre part, lança-t-il avec ironie.
- Combien de temps vous faudra-t-il pour faire ce rapport? demanda Monnier.
- Quelques jours, quelques semaines, je ne sais pas… ça dépendra…
- Je vois, sourit le professeur. Permettez-moi, messieurs, de vous raccompagner à vos véhicules, je vous promets de vous tenir aussitôt au courant si quoi que ce soit de nouveau devait arriver.

Dès que les "costard-cravate" furent partis, Monnier revint au réfectoire.
- Ils ferment les yeux mais nous allons devoir rester très discrets, précisa le professeur. Quoi qu'il en soit, pour le moment, nous avons carte blanche, donc au boulot!
- Je retourne à l'infirmerie préparer le matériel, annonça le médecin, si tu le peux, Guillaume, mange encore un peu et bois des jus de fruits.
- Ok, répondit le jeune homme, je viens dès que je suis prêt.

Depuis le matin, il avait pris l'air dans les dunes, fait quelques étirements pour tonifier son corps, médité un long moment et mangé autant que possible. Il se sentait déjà plus que prêt mais tenait véritablement à ne rien laisser au hasard. Il reprit donc pour la troisième fois de ce délicieux tajine aux épices.

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 14:06



Moins d'une heure plus tard, il était branché à l'électrocardiogramme, allongé sur le lit de camp jouxtant celui de Nimraëlle. Michèle, le professeur Monnier, Ahmed qui avait tenu à être là et le médecin s'installèrent au chevet des deux jeunes gens.
Quand tout fut prêt, Guillaume tendit la main vers Nimraëlle.
L'émotion faisait battre son cœur à tout rompre et il ne pouvait empêcher ses doigts de trembler. Il effleura délicatement la joue de l'elfe, puis laissa sa grande main calleuse et bronzée reposer sur la peau lisse et diaphane de Nimraëlle.
Comme la fois précédente, quand il avait touché sa joue, une intense vague de chaleur se propagea dans tout son corps, faisant s'affoler le bipper du scope. La peau de Nimraëlle rosit légèrement. Puis Guillaume sombra dans l'inconscience, emporté par une terrible douleur. Michèle poussa un cri de panique quand elle vit le jeune homme perdre connaissance, et ceux qui observaient la scène commencèrent à parler tous en même temps. Mais le médecin calma tout le monde.
- Ce n'est rien. Pour le moment, tout va bien, le pouls est un peu rapide, mais il est stable, il n'y a pas de quoi paniquer.
En effet, Guillaume avait plus l'air de dormir, comme lors de son précédent coma, que de souffrir. Quand à Nimraëlle, ses paupières étaient déjà parcourues de frémissements qui auguraient de son éveil très proche.
Quand Guillaume avait perdu connaissance, sa main s'était trouvée emmêlée dans les cheveux de l'elfe, ce qui maintenait le contact avec Nimraëlle et intensifiait leur lien. En très peu de temps, l'elfe eut suffisamment de force vitale pour s'ouvrir entièrement à la vie.
Elle prit soudain une profonde inspiration, et ouvrit les yeux.
Ses paupières battirent plusieurs fois, ses longs cils souples balayant l'air comme les ailes d'un colibri, le temps que sa vue s'éclaircisse. Puis elles s'ouvrirent pour de bon, offrant au monde la réponse à un autre mystère.
Ses yeux immenses n'avaient presque pas de blanc tant ses iris tenaient toute la place. Et quels iris! Ils étaient d'un violet intense, lumineux, rehaussé d'éclats d'or pur qui se déployaient en corolle autour de la pupille. C'était un spectacle d'une telle beauté qu'il fallut un moment aux humains présents avant de songer à respirer de nouveau.
Nimraëlle, quand à elle, n'avait pas perdu de temps pour observer ce qui l'entourait. Son regard voltigeait à travers toute la pièce, glissant sur les vivants comme s'ils n'étaient pas là, ou comme s'il n'était pas encore temps pour elle de les prendre en compte. Elle semblait enregistrer chaque détail de ce monde nouveau, de la texture de l'air à l'odeur la plus ténue et passant par les sons et par tous les objets qu'elle pouvait apercevoir d'où elle était.
Son examen se prolongea plusieurs minutes dans un silence tendu. Michèle retenait son souffle, émerveillée et légèrement effrayée par ce qu'ils avaient fait. Elle revit le fémur que Guillaume avait trouvé… Se pouvait-il que ce soit seulement deux semaines auparavant? Elle revit les os étalés sur la table de son bureau, comme l'avaient été ceux de nombreux squelettes, incomplets pour la plupart, d'australopithèques et autres ancêtres des Hommes.
Et maintenant … comment croire à ce qui arrivait, même en le voyant? Elle était une scientifique. Certes, elle avait toujours été fascinée par les mythes et les légendes de la fantasy, mais là! Ce n'était pas une légende qu'elle avait devant les yeux, c'était une jeune fille bien vivante.
Michèle prit une inspiration, prête à faire le premier pas et à se présenter à Nimraëlle, quand celle-ci tourna la tête vers Guillaume, emprisonnant plus fort la main du jeune homme contre sa joue. À ce contact appuyé, elle rosit et sursauta. Gracieusement, elle leva une main, fine et délicate, et libéra de sa chevelure les doigts de Guillaume qui glissèrent de l'oreiller. Le bras du jeune homme retomba, inerte, entre les lits de camp. Les sourcils de l'elfe se froncèrent et en un instant, elle fut à genoux à coté du garçon, s'étant déplacée avec une vivacité hors du commun.
Elle plaça ses mains de chaque coté de la tête de Guillaume, sur les tempes, et inspira profondément. Puis, visiblement soulagée, elle relâcha la tension de ses épaules. Ses bras revinrent lentement le long de son corps comme elle laissait glisser ses doigts des tempes sur les joues de Guillaume, puis le long de son torse jusqu'à ce qu'ils viennent se nicher dans son giron. Là, à genoux au pied du lit de camp, elle prit le temps d'observer enfin le visage de celui à qui elle devait la vie.
Il était si différent des elfes qu'elle avait connus, de ceux qu'elle avait aimés. Tellement plus… animal. Elle se disait qu'elle aurait dû en être dégoûtée, voire horrifiée, mais tout ce qu'elle ressentait, c'était du désir. L'envie irrépressible de le toucher, de le goûter, de glisser sa joue à la peau si lisse contre celle, rugueuse et tannée du jeune homme.
Dans un élan irréfléchi, elle prit ensuite entre ses mains celle de Guillaume qui pendait dans le vide. Ignorant les furieuses sensations que lui procuraient ce contact, elle la retourna et en caressa la paume du bout des doigts. Là aussi, elle lisait en lui une force presque effrayante, mais une intégrité et une loyauté sans faille. Il était un rocher dans la nuit, le sien, elle le sentait dans chacun de ses os.
Et ces doigts! Elle rougit en songeant à ces doigts sur son corps et un long frisson descendit dans son dos. Il fallait qu'elle le ramène, elle devait coûte que coûte trouver le moyen de le réveiller.

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 14:12



Prenant une longue inspiration, elle lâcha la main de Guillaume et se retourna vers ceux qui l'observaient.
- Je ne parle pas votre langue, dit-elle sans bouger les lèvres. Mais par l'esprit, nous pouvons communiquer, les pensées n'ont pas d'idiome.
Il y avait trois hommes et une femme, mais Nimraëlle ne parvenait pas à déterminer lequel d'entre eux était le maître ou le plus gradé.
- Est-ce que vous pouvez m'entendre? tenta la femme mentalement.
- Oui, sans problème, répondit l'elfe en souriant.
Et son sourire était un lever de soleil, il illuminait son visage et éblouissait les infortunés qui le recevaient sans préparation, les laissant bouche bée.
- Je suis Nimraëlle, poursuivit-elle. Puis-je vous demander si vous êtes … la reine de votre peuple, ou ce qui s'en approche?
- Oh, rien de tel, répondit gentiment la femme. Je m'appelle Michèle. Ceux qui nous gouvernent sont loin d'ici. Personne n'est au courant de votre existence en dehors de ce camp et nous sommes seuls décideurs, pour le moment.
- Très bien,
repris Nimraëlle, il nous faut faire vite. Ce qui est arrivé n'est absolument pas normal, et j'ai eu beau fouiller la mémoire de mon peuple, je n'ai rien trouvé qui l'explique.
- Pardon,
l'interrompit Monnier, qui explique quoi? Qu'est ce qui n'est pas normal?
- Guillaume n'aurait jamais dû perdre connaissance et même moi, j'aurais dû renaître facilement dès la première ponction. J'ai besoin de savoir ce qui a mal tourné et pour cela, j'ai besoin de ma reine ou de l'un des Hauts Mages.
- Expliquez-nous,
la pria Michèle, nous ne demandons qu'à vous aider, surtout s'il s'agit de Guillaume.
Nimraëlle les observa un court instant puis se décida.
- Je suis la gardienne, la dépositaire de l'héritage de mon peuple, expliqua-t-elle. De l'héritage magique et spirituel, mais pas seulement. J'ai en moi l'intégralité de la mémoire des elfes. Tout leur savoir, toute leur Histoire, mais aussi chacune de leurs histoires personnelles. Et surtout, j'ai la charge de l'âme, ou essence magique, des mille cinq cent derniers elfes, y compris celle de la reine Armedia.
- Mais quelle est votre mission, concrètement,
demanda Michèle, vivement intéressée.
- Elle est très simple, déclara-t-elle sans fioriture, je dois trouver des corps dignes d'accueillir les âmes de mes frères afin de restaurer mon peuple. Et pour commencer, je dois ramener au plus vite l'âme de la reine ou celle d'un Haut Mage et lui donner un corps. Eux seuls sont en mesure de nous aider à sauver Guillaume.
- Mais,
s'insurgea Monnier, si vous mettez l'âme d'un elfe dans le corps d'un homme, que devient alors l'âme de cet homme?
- Selon nos croyances, elle rejoint les étoiles, où vont toutes les âmes de nos disparus,
affirma Nimraëlle. Et le corps devient celui de l'elfe, en acquérant toutes ses caractéristiques, pouvoirs et capacités.
- Et qui sont?
interrogea encore Michèle.
- La longévité, la résistance, la beauté, la magie, entre autres. Généralement, le nouveau corps n'y perd pas au change.
- Peut-être,
consentit Monnier, mais ce qui fait une personne, c'est son âme, son esprit, pas son corps. Ça veut dire que votre volontaire disparait, qu'il meurt. Et ça, personne ne l'acceptera!
- Moi j'accepte,
annonça Michèle dans un souffle. Je veux bien donner mon corps à ta reine, Nimraëlle, si tu le juges assez bien.
- As-tu perdu l'esprit? hurla Monnier en s'étouffant presque, oubliant de parler dans sa tête.
- Êtes-vous certaine de le vouloir? s'enquit l'elfe. Cette décision est irréversible.
- Je suis sûre de moi,
répondit Michèle d'une pensée plus ferme. J'approche d'un âge où on ne voudra plus de moi sur les chantiers et où je devrai me contenter d'un poste de professeur ou de gratte-papier. Je n'ai ni ami ni famille parce que j'ai tout donné à la science et à l'Histoire. Honnêtement, Pierre, l'avenir me fait peur. L'alternative de Nimraëlle me semble être une opportunité inespérée.
- Tu serais prête à mourir?
Insista Monnier qui avait repris le dialogue mental.
- À monter droit vers les étoiles en offrant mon corps à la reine des elfes? Oui, Pierre, parce que rien de ce que ma vie n'a à m'apporter ne peut valoir plus que ça.
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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 14:18



Monnier tenta pendant deux jours de dissuader Michèle, mais l'état de Guillaume empirait, son cœur faiblissait, et Nimraëlle était au désespoir.
Et puis surtout, Michèle semblait réellement prête et sûre d'elle. Elle était plus sereine que jamais. Il finit donc par se résigner, et le transfert eut lieu le soir même.
Nimraëlle expliqua soigneusement ce qu'elle allait faire. Michèle fit de rapides adieux, peu désireuse d'éterniser la partie la plus désagréable, puis elle s'allongea sur le lit de camp qui avait accueillit l'elfe avant elle. Nimraëlle posa une paume à plat sur son front et l'autre sur son cœur, puis elle commença à chanter de sa voix douce et claire. Michèle ne comprenait pas les mots, mais elle se laissa porter par la mélodie et sentit son esprit s'alléger, s'élever, s'arracher à son corps.
Une intense lumière blanche, comme celle qui avait émané de la tente d'anthropologie quand Nimraëlle était apparue, jaillit soudain du corps de Michèle, aveuglant un instant Monnier et le médecin qui assistaient à la scène. Puis quand la clarté décrut et que leurs yeux se furent remis, ils constatèrent avec un mélange d'émerveillement et de désarroi que le transfert avait bel et bien eut lieu.
Sous les mains de Nimraëlle se tenait la version elfique de Michèle. Elle était toujours petite et svelte et on reconnaissait ses traits, mais ils avaient une sorte de perfection, une grâce et une noblesse qui les rendaient aussi inhumains que ceux de Nimraëlle. Ses cheveux courts et grisonnants s'étaient métamorphosés en une somptueuse crinière argentée de laquelle dépassaient les pointes de ses oreilles.

Quand la créature dans le corps de Michèle ouvrit les yeux et prit sa première inspiration, Nimraëlle se jeta à genoux sur le sol et courba la nuque en signe de de dévotion.
- Majesté, dit-elle, j'ai accompli ma mission, notre peuple va renaître dans un monde nouveau.
- Pourquoi t'adresses-tu à moi par la pensée, ma fille? demanda la souveraine qui s'était assise d'un mouvement souple et avait posé la main sur la tête de sa servante.
- Les êtres qui peuplent ce monde ne parlent pas notre langue, Majesté, et je pense qu'ils doivent entendre nos paroles. Je vous ai fait renaître en premier, sans prendre le temps de vous choisir un corps avec soin, et je m'en excuse, Majesté. Mais j'avais un besoin urgent de votre aide.

La reine observa son nouveau corps, puis l'endroit où elle se trouvait, puis les trois mâles humains assis à proximité, et enfin celui qui dormait sur la couche contigüe. Elle ferma brièvement les yeux, fronçant les sourcils sous la concentration, puis elle répondit à Nimraëlle en utilisant sa voix physique et en français.
- Ils ne peuvent nous comprendre, mais leur language est ridiculement simple à assimiler. Je ne comprends pas que tu ne l'aies pas déjà fait, Nimraëlle.
La jeune elfe rougit sous la critique, mais ne répliqua pas.
- Nous nous entretiendrons soigneusement de tous les détails de ta renaissance et de la mienne, ainsi que de ce nouveau monde que tu nous as trouvé, ma fille. Mais nous avons le temps pour cela. Je me sens plus jeune et plus forte qu'à la fin de mon règne. Maintenant, dis-moi. En quoi as-tu besoin de moi?
- Majesté, commença Nimraëlle d'une voix tremblante d'émotion, il s'agit de celui qui m'a ramenée à la vie. Il semble qu'il y ait un problème. Il a perdu connaissance pendant la ponction et son cœur s'affaiblit de jour en jour.
- Impossible, s'écria la reine, la renaissance ne peut en être la cause. Il doit y avoir autre chose.
- Je le pense aussi, Majesté, mais je ne trouve pas quoi. Pouvez-vous m'aider?
Elle se tourna vers Guillaume et le désigna à Armédia, la reine des elfes. Celle-ci posa le bout de ses doigts sur les tempes du jeune homme, comme l'avait déjà fait Nimraëlle, et ferma les yeux. Les trois hommes qui n'avaient rien manqué de la conversation, retinrent leur souffle. Un long moment après, la reine se retourna vers sa servante.
- C'est très étrange, dit-elle, songeuse, votre lien n'est pas ce qu'il devrait être. Il ressemble à … non, il n'y en a plus eu depuis des générations. Ça ne peut pas être ça.
- De quoi s'agit-il, Majesté, insista Nimraëlle.
- Raconte-moi d'abord votre premier contact, puis la manière dont le lien vous unit, éluda Armédia, je veux vérifier mon hypothèse.

Et Nimraëlle raconta le premier rêve, dans ce brouillard blanc, cotonneux, où elle avait entendu sa voix, alors qu'elle n'était encore qu'un squelette incomplet. Puis les autres, leurs conversations, les sentiments qui grandissaient en elle sans qu'elle y puisse rien faire.
Elle raconta le premier essai de renaissance, auquel elle avait brutalement mis fin avant son achèvement parce qu'elle avait sentit que la vie de Guillaume était en jeu. Ensuite elle parla du premier contact physique, après le réveil du jeune homme, alors qu'elle-même n'était encore qu'un corps à la conscience emprisonnée. La sensation de la main de Guillaume sur sa joue, la vague de chaleur, de désir et d'amour qui l'avait emportée.
Son émotion face au visage enfin découvert de celui qu'elle aimait, elle le savait à présent, après qu'elle eut achevé sa renaissance grâce au sacrifice de Guillaume. Puis elle avoua à sa reine qu'elle aurait préféré rester dans l'oubli, et tout son peuple avec elle plutôt que risquer de voir mourir cet homme.
Longtemps, Armédia garda les yeux fixés sur sa servante, le dos raide, une expression dure et concentrée sur le visage. Puis elle soupira et lâcha, la voix hésitant entre frayeur et résignation,
- Je vois.
- Ais-je fait quelque chose de mal, Majesté? questionna la jeune elfe avec angoisse.
- Tu n'y es pour rien, ma fille, lui répondit la reine avec tendresse. Mais c'est bien ce que je craignais. Il n'y a pas l'ombre d'un doute. Et pourtant, qui aurait pensé… Que sais-tu des âmes sœurs, Nimraëlle?
- Eh bien… ce n'est qu'une légende, Majesté, balbutia-t-elle. Mais la légende dit qu'une âme peut être partagée en deux et croître dans deux corps. Et que ces deux corps n'auront de cesse de chercher l'autre moitié de leur âme, jusqu'à la mort.
- Ce n'est pas l'exacte vérité, corrigea doucement la reine. Il arrive en effet que le Destin choisisse deux corps distincts pour une seule et même âme, mais il le fait toujours dans un but très précis. Les deux morceaux d'âme, les âmes sœurs, n'auront effectivement de cesse de se retrouver et de se réunir, mais cela afin d'accomplir ce pour quoi elles ont été créées. Lorsque le but est atteint, l'âme choisi l'un des deux corps pour se réunifier. Elle ne meurt pas.
- Mais alors, demanda Nimraëlle, qu'arrive-t-il à l'autre corps?
- Lui meurt, bien sûr, répondit Armédia sans émotion, mais l'âme est une et sauve.
- Non! gémit la jeune elfe, au désespoir. Je ne le permettrai pas. C'est moi qui mourrai, pas lui.
- Ma fille, l'admonesta la reine, sois raisonnable. Il n'est qu'un de ces humains, après tout, il n'est rien.
- Quand à moi, je ne suis qu'une servante, répliqua vertement Nimraëlle. Il vaut bien plus que moi. Son cœur est plus noble que celui de n'importe quel elfe de ma connaissance … ne vous en déplaise, Majesté.
La diatribe de sa servante laissa la reine un instant sans voix, puis elle repris d'une voix posée.
- Tu n'es plus une servante depuis le jour où tu as accepté de prendre ton peuple sur tes épaules, Nimraëlle. Notre destin est entre tes seules mains, et cela fait de toi la souveraine de fait. Tu es, en réalité, la personne la plus importante au monde.
Ce fut au tour de Nimraëlle de rester interdite. Puis elle fit non de la tête et répéta fermement,
- Je ne le permettrai pas. Reprenez cette charge dont je ne veux plus. Redevenez la reine, reprenez votre peuple et laissez-moi rejoindre l'autre moitié de moi. Ou nous mourrons ensemble, ou nous vivrons ensemble.

Sa détermination était telle qu'Armédia finit par plier. Elle inversa le sort et récupéra en elle les mille cinq cent âmes de son peuple, laissant Nimraëlle vide, et seule avec elle-même pour la première fois depuis des millions d'années.
Puis la jeune elfe s'allongea sur le lit vacant, à coté de Guillaume. Elle prit sa main dans la sienne, et laissa le sommeil l'emporter.

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 14:21


J'errais depuis des jours dans le hangar gris et froid de ma conscience, seul, avec pour unique consolation la certitude que Nimraëlle était vivante. Si elle avait encore été dans les limbes, j'aurais été enveloppé de son brouillard blanc, tiède et doux. J'aurais entendu sa voix. Le vide me réjouissait parce qu'il était le signe de son bonheur à elle. Et c'était tout ce qui m'importait.
Puis le brouillard blanc est arrivé. Lentement, il s'est élevé de terre, amenant avec lui la douceur, la tiédeur … et elle.
- Pourquoi es-tu revenue? demandai-je, angoissé. Je ne t'ai pas donné assez?
- Bien assez, bien plus que tu ne crois… bien trop en fait. Grâce à toi, mon peuple est sauvé. Armedia va s'occuper de tout. Moi, je reste avec toi.
- Mais, on ne peut pas se réveiller, tous les deux?
- Il semblerait que non, murmura-t-elle.
Il y avait tant de désolation dans sa voix que j'eu envie de la prendre dans mes bras … si seulement j'avais pu.
- Que s'est-il passé? demandai-je alors.
- Nous sommes des âmes sœurs, Guillaume. Cela signifie que mon âme n'est que la moitié de la tienne et que la tienne est la moitié de la mienne. Ça signifie, dit-elle encore avec des sanglots dans la voix, que désormais, puisque les deux moitiés sont réunies, un seul d'entre nous pourra vivre avec une âme entière … l'autre disparaitra.
- Alors prend-là, Nimraëlle, m'écriais-je instantanément. Tu as attendu si longtemps ton retour à la vie, prend-la! Va marcher dans les dunes, respire l'air de la nuit, observe les étoiles, prie pour moi au lever du soleil, goûte les saveurs dont tu as été si longtemps privée, mais vis, Nimraëlle, je t'en supplie, vis!
- Pas sans toi…
Et elle pleurait. Elle pleurait! J'entendais ses sanglots, je pouvais sentir son désespoir et l'intensité de sa peine. Je ne comprenais plus.
- Pourquoi pleures-tu? demandai-je, troublé.
- Parce que je ne veux pas te perdre. Parce que je t'aime, parce que je ne veux pas vivre dans un monde où tu n'es pas … je n'ai même pas pu voir la couleur de tes yeux.
- Je n'ai pas vu les tiens non plus, murmurai-je abasourdi, émerveillé par ce que je venais d'entendre, et en même temps, désemparé par ce qui nous tombait dessus. J'avais tellement rêvé …
- Moi non plus je ne veux pas vivre dans un monde où tu n'es pas, lui dis-je encore. Je préfère pas d'âme du tout à une entière qui me priverait de toi.
Je réfléchis un instant, tentant frénétiquement de trouver une solution, de faire cesser ses pleurs. Mon cœur, qui n'avait fait que s'affaiblir ces jours passés, battait à tout rompre, et j'entendais le sien qui cognait lui aussi comme un oiseau prisonnier contre les barreaux de sa cage.
- Ne peut-on pas mourir tous les deux et partir ensemble vers les étoiles?
- Armédia dit que c'est impossible, soupira Nimraëlle, qu'on ne dispose pas de son âme à sa guise et qu'on ne peut rien contre le Destin.
- Stupide! grondai-je, soudain furieux. Je ne me laisserai pas faire sans combattre. Qu'il essaie de me prendre mon âme, ou de t'enlever à moi, ton foutu Destin! Qu'il essaie!
- Et que crois-tu pouvoir faire, Guillaume? cria-t-elle. Si les plus hauts mages des elfes, si la reine elle-même disent que c'est impossible, c'est que ça l'est! Crois-moi!
- En quel dieu crois-tu, Nimraëlle? demandai-je, plus pour la détourner de sa peine que pour la convaincre.
- Nous n'avons pas vraiment de dieu, nous croyons à des forces, comme le Destin, justement, la nature, le soleil, la terre, l'ombre et la lumière…
- Moi, je n'ai qu'un seul dieu, Nimraëlle, affirmai-je avec plus de fermeté et de certitude que j'en pensais avoir. C'est l'amour que j'ai pour toi. Ce dieu-là est tout puissant, il abat les montagnes et traverse les temps. Je crois en lui, et je te jure qu'il ne nous laissera pas tomber. Y croiras-tu avec moi?
- Oui, répondit-elle dans un souffle, de tout mon cœur et de toute la moitié de notre âme. Ce dieu-là, j'y crois plus que j'ai jamais cru au soleil.
- De toute façon, ajoutais-je d'un ton plus léger, il n'est pas question que je meure avant d'avoir vu tes yeux.
Elle rit. J'avais déjà gagné ça.
- Et moi, affirma-t-elle de sa voix la plus suave, il n'est pas question que je meure avant d'avoir senti tes mains sur moi.
Et ce fut comme un coup de tonnerre, une déflagration rugissante, une explosion qui réduisit en miette mon corps, mon cœur, mon cerveau. La vague de chaleur et de désir que j'avais déjà ressentie en frôlant du bout des doigts la peau de Nimraëlle m'engloutit sauvagement, me brûla, me consuma en un instant dans un déchainement de douleur et de plaisir.

Quand je revins à moi, je n'étais pas mort. J'étais de retour dans la tente infirmerie, allongé sur mon lit de camp, et dans ma main, je tenais serrée à l'écraser celle, frêle et douce, de Nimraëlle.
Mais la sienne était inerte et froide. Tout comme l'était le reste de son corps.
La glace m'envahit, coupant ma respiration et déchirant tout à l'intérieur de moi. Je voulus hurler, j'ouvris grand la bouche, aucun son ne sortit. Je me débattis. Des mains tentaient de m'empêcher de bouger. Des bras m'enserraient et me retenaient.
Le temps s'écoula, des secondes? Des heures? dans ce silence brutal et coupant, dans ce brouillard vide et métallique. La non vie.
Puis une voix parvint à se frayer un chemin jusqu'aux lambeaux de ma conscience.
- C'est ce qu'elle voulait, Guillaume. C'était sa volonté, que tu vives. Le seul moyen d'y parvenir était de te convaincre de te battre. Et elle a réussi. Je ne sais pas comment elle s'y est prise, ni ce qu'elle t'a dit pour que tu luttes à ce point et parvienne à conjurer le Destin, mais elle a réussi. Si tu observes les étoiles, je suis sûre que tu y verras son sourire.
J'ouvris les yeux sur le visage incongru de Michèle transformée en elfe… Armedia.

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Ven 15 Juin 2012 - 14:28



Il lui fallu des heures pour m'expliquer ce qui s'était produit et pourquoi. Je n'étais ni en mesure, ni disposé à comprendre. Mais étrangement, alors qu'elle avait sérieusement tendance à snober tous les humains, y compris le professeur Monnier, elle me traitait avec bienveillance, respect et une patience louable. Ce qui eut finalement pour effet de m'aider à reprendre mon empire sur moi-même.
Je décidai de murer la partie de mon âme qui avait appartenu à Nimraëlle jusqu'à ce que je me sente capable de l'affronter, et je me mis à écouter la reine avec attention. Pour elle, j'étais le lien idéal entre son peuple et le mien. Je connaissais déjà beaucoup de choses à leur sujet et surtout, je partageais l'âme de l'un d'entre eux, même si je ne m'en autorisais pas encore l'accès.
Elle espérait que je pourrais aider les humains à comprendre les elfes, et ainsi faciliter les échanges… de corps. Nimraëlle ne m'avait jamais clairement expliqué comment les âmes des elfes qu'elle portait en elle pourraient reprendre corps. D'où ma fureur et mon indignation suite à l'explication d'Armedia. Mais au fond de moi je savais que j'aurais mille fois donné mon corps pour que ma bien-aimée puisse encore marcher sous les étoiles. Et je me doutais que Michèle, comme je la connaissais, l'avait fait avec joie et honneur. Il ne m'était donc pas si impossible d'imaginer que d'autres accepteraient l'offre des elfes. Ne serait-ce que les désespérés et les suicidaires dont notre société dépravée était gorgée.

Ainsi je mis toute mon énergie dans la renaissance du peuple de Nimraëlle, y projetant tout mon amour et ma dévotion envers celle dont je n'avais jamais vu les yeux ni le sourire.
En quelques mois, de petites communautés elfiques avaient vu le jour aux quatre coins de la planète et l'environnement s'en ressentait déjà. Autour des endroits où on leur avait accordé un territoire, l'air était plus pur, l'eau plus claire, la végétation plus riche et la faune plus vivace.
Et l'effet bénéfique de la présence des elfes s'étendait de jour en jour. La vibration de leur magie éclipsait celle des appareils électroniques, des satellites et des ondes de toutes sortes, mais sans en altérer l'efficacité, ce qui présentait une amélioration majeure sur la santé des gens, surtout dans les villes.
Bientôt, les mille cinq cent âmes premières eurent retrouvé un corps et on refusait les candidatures par milliers. Des association réclamant le droit au mariage mixte elfes-humains commencèrent à voir le jour. Loin d'horrifier ou de rebuter la population, la présence des elfes agissait comme une immense vague d'espoir et de renouveau.
Durant les mois écoulés, je m'étais fait de véritables amis parmi les elfes, dont certains qui avaient connu Nimraëlle. Mais je n'avais toujours pas trouvé le courage d'ouvrir la porte qui séparait ma moitié d'âme de la sienne. À chaque fois que j'en évoquais l'idée, la douleur revenait comme un coup de poignard. Alors j'abandonnais et m'en tenais aussi éloigné que possible.
Pourtant, elle me manquait. Comme elle me manquait! Combien j'aurais aimé plonger dans les pensées et les souvenirs qui se trouvaient de l'autre coté de la porte. Armedia m'avait dit que je trouverais dans l'âme de Nimraëlle tout ce qu'elle avait été, pensé, ressenti, aimé... j'aurais voulu m'en nourrir. Mais j'avais peur. Et je ne m'en sentais pas digne.

Puis un matin de printemps, alors que je m'efforçais de ne pas entendre le chant des oiseaux, de ne pas sentir l'odeur des fleurs naissantes et que je refusais d'apprécier la caresse du soleil nouveau né, alors que je tentais de noyer tout souvenir douloureux sous un fatras de pensées futiles, une idée fulgurante venue de je ne sais où me bondit à l'esprit.
Elle n'était pas née, petit à petit, d'une réflexion ordonnée. Elle n'était pas non plus apparue timidement pour faire son chemin, non, elle s'était imposée brutalement, prenant soudain toute la place, me coupant le souffle et ne me laissant plus la moindre chance de penser à autre chose.
Rétrospectivement, je me dis qu'elle devait être là depuis un bon moment mais qu'il lui fallait un déclic pour jaillir. Et ce déclic avait été une jeune femme en équilibre instable sur la balustrade d'un pont.
Ses cheveux n'étaient pas bleus, mais blonds, et elle n'avait pas la perfection des traits, de la peau et de la silhouette de Nimraëlle, mais tout en elle me rappelait ma bien-aimée. Elle s'apprêtait visiblement à sauter et je su avec une absolue certitude qu'elle était ma seule chance de retrouver Nimraëlle. Car si durant tous ces mois j'avais réussi à maintenir bien séparées et distinctes les deux parties de mon âme, qu'est ce qui m'empêchait de faire don à un autre corps de la partie dont je ne me servais pas?
Qu'est ce qui m'empêchait de faire don d'un nouveau corps à Nimraëlle?

Après avoir empêché la fille de sauter, je parvins à la convaincre de m'accompagner chez les elfes. La fascination qu'ils exerçaient sur elle et l'opportunité de rencontrer la reine Armedia en personne m'y aidèrent grandement. En chemin, elle me raconta les raisons de sa volonté d'en finir.
Atteinte d'une maladie mortelle, elle refusait de voir son corps se dégrader. Elle avait rompu toutes ses attaches, puis elle avait posé sa candidature auprès des elfes dès qu'elle avait su qu'elle était condamnée, mais elle avait été mise sur liste d'attente, comme beaucoup, et à présent, il ne restait plus une âme disponible. Elle n'avait donc plus d'autre alternative que le suicide.
Tentant de masquer l'espoir que provoquaient ses paroles en moi, je lui racontai mon histoire et lui parlai de mon idée. À notre arrivée chez Armedia, elle était aussi enthousiaste que moi. Soulagée à l'idée de donner une seconde chance à son corps et émue d'être celle qui sauverait mon histoire d'amour. Restait à convaincre la reine de nous aider.
Celle-ci nous reçu et nous écouta attentivement. J'avais toujours gardé auprès d'elle ce statut à part qu'elle n'avait accordé à aucun autre humain. Était-ce parce que quelque part, Nimraëlle vivait toujours en moi? Je n'en savais rien, mais en tout cas, elle fut moins difficile à persuader que je l'avais craint.
Elle n'y avait jamais songé non plus, mais l'idée que l'âme de Nimraëlle soit encore rattachable à un corps n'était pas idiote, vu qu'elle était toujours clairement séparée de la mienne. Et la jeune humaine que je lui amenait étant la candidate parfaite, rien ne semblait s'opposer à ce qu'on tente l'expérience… sans délai.

L'opération était infiniment plus délicate que de simplement prendre une âme et la mettre dans un corps. Là, la reine allait devoir pénétrer mon esprit, en détacher la moitié d'âme de Nimraëlle et la transférer de force dans son nouveau corps. Ça pouvait être dangereux. Ça pouvait signifier la mort pour nous quatre : la jeune femme, la reine, Nimraëlle et moi. Pourtant, avant la tombée de la nuit, Armedia me réveilla en me secouant l'épaule.
- Je ne connais personne qui mériterait d'être un elfe autant que toi, Guillaume, me dit-elle avec une émotion que je ne lui avais jamais vue.
- On a réussi?
- Vois par toi-même!
Elle était là, aussi belle que dans mon souvenir, bien que légèrement différente du fait de son corps d'adoption. Mais ses longs cheveux bleus, ses délicates oreilles en pointe, la sublime blancheur de sa peau, sa bouche, son nez … elle était de retour. N'y tenant plus, je pris ses mains dans les miennes et je l'appelai.
- Nimraëlle…
Elle ouvrit les yeux, étonnée, un peu perdue.
-Guillaume?
- Je t'ai ramenée. Je ne te laisserai plus jamais me quitter.

Je crois que c'est depuis ce jour que les elfes ont choisi d'adorer un dieu unique : l'Amour.
Nimraëlle et moi en sommes les premiers adorateurs … pour les siècles des siècles.

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Dim 17 Juin 2012 - 7:31

Crying or Very sad Mince ! Je n'aurai pas le temps de te lire !
Mais d'ici à la semaine prochaine, ce sera chose faite !!

Bisous

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Dim 17 Juin 2012 - 8:19

Prends ton temps, il ne s'envolera pas.
C'est vrai que c'est long et que ce serait plus agréable à lire en format papier, mais bon, on fait avec ce qu'on a! Wink
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MessageSujet: Re: La Renaissance   Jeu 28 Juin 2012 - 8:05

Il est extrêmement fascinant pour moi de voir quel point nos esprits et nos mondes imaginaires sont liés ! C'en est presque incroyable !
Je retrouve tout ce que j'aime, toutes mes passions : l'Égypte ancienne, l'archéologie, la magie des éléments, et le monde des Elfes, si proche de celui que je considère comme mon maître des mots : Tolkien.
Tout est très bien écrit, on sent la plume d'une poétesse, et cela hausse la qualité de ta nouvelle.
Rien à redire sur ton style qui est vraiment très très bon, tu nous fais voyager avec bonheur.
Le seul point où j'ai tiqué, et à mon avis, pour lequel tu es arrivée en 4e place, c'est que les Elfes agissent un peu à la façon des Goaülds de Stargate pour reprendre vie. Je m'explique : ils prennent possession du corps des humains pour renaître ! D'accord, tu dis que les femmes et hommes sont volontaires, mais ils meurent tout de même !
C'est ce passage qui coince.
J'aurais plutôt fait en sorte que les elfes reprennent vie grâce à un don de cellules, qu'ils reviennent à la vie tels des enfants, et grandissent à la vitesse grand V.
Pas de dons du corps, mais vraiment une renaissance qui aurait plus collée avec ta vision.

Là, ce n'est que mon humble avis.

En tout cas, c'était vraiment très très bon !

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MessageSujet: Re: La Renaissance   Jeu 28 Juin 2012 - 8:25

Merci beaucoup, Linda, je suis ravie que ça t'ait plu!!
Pour ce qui est de ton point négatif, j'avais quand même envie que ces elfes ne soient pas que parfaits, qu'ils aient un coté sombre.
Mais tu as probablement raison, c'est sûrement pour ça que ça n'a pas marché.
En même temps, je trouve romantique l'idée de donner son corps à un tel être et de vivre par procuration à travers lui.
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MessageSujet: Re: La Renaissance   Jeu 28 Juin 2012 - 9:00

pfiouuuuu je suis sans voix ♥ C'est extraordinaire j'adoreeeeeeeeeee
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