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 Mère-Fée, ou "la malédiction"

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Amapoesia
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MessageSujet: Mère-Fée, ou "la malédiction"   Mer 6 Juin 2012 - 8:27

Voici ma toute première nouvelle, écrite pour un concours (sur un autre forum).

Mère-Fée
ou

La Malédiction




Hélène était une nouvelle fois enfoncée dans l'énorme fauteuil du salon, un livre à la main, et l'esprit parti si loin qu'il en était hermétique à la réalité.
Cette fois encore, sa mère avait beau tenter de lui parler, de l'appeler, de lui crier dessus, rien ne la tirait de ce monde étrange dans lequel elle plongeait de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps.
À tel point que ces derniers temps, sa mère avait commencé à avoir peur que ce comportement cache une dépression, ou pire, une maladie mentale.
– A ton âge, tu devrais sortir en boite avec tes copines, avoir un petit ami, prévoir ton avenir ! Si seulement tu pouvais t'y retrouver pour de bon au moins une fois, dans ton "monde merveilleux", finit-elle par lâcher, excédée. Tu te rendrais vite compte que la réalité est infiniment plus intéressante !
Et sur ce, elle abandonna sa fille à sa lecture.
Sur les genoux d'Hélène, O'Malley, son gros chat roux, se mit à ronronner d'un air aussi satisfait que si une colonie de souris s'était invitée de bon gré dans sa gueule, et d'un geste nonchalant, il fit glisser le bout de sa queue le long de ses moustaches.

Hébétée, Hélène leva le nez de son bouquin et dû cligner plusieurs fois des yeux avant d'accepter le témoignage de ces derniers.
Son confortable fauteuil venait de se transformer en souche et son salon avait tout à fait l'allure d'une clairière, charmante au demeurant.
Tous les sens en alerte, le cerveau en ébullition et le corps parfaitement paralysé par le choc, elle attendit que l'illusion cesse, en vain, jusqu'à ce que son livre lui échappe et percute le sol dans un bruit sourd… tout à fait réaliste.
C'est seulement alors qu'elle prit une grande inspiration, car cela faisait presque une minute qu'elle n'avait plus songé à respirer.
– Bon, ok, se dit-elle, de deux choses l'une, soit je rêve, soit maman avait raison, je suis bonne pour la camisole.
– Soit tu es en Faërie, intervint une voix ronronnante.
Hélène bondit de sa souche et se retourna brusquement, faisant face à son chat qui, assit sur son séant faisait soigneusement sa toilette.
– Qui a parlé ? demanda-t-elle d'une voix aigüe qu'elle ne se connaissait pas.
– Tu vois quelqu'un d'autre que moi, dans cette clairière ? répliqua le chat d'un air mi-amusé, mi-agacé.
– Bon, ok, la camisole, murmura alors Hélène d'une voix blanche.
– Comment ? repris le chat en haussant un sourcil. Toi qui passe tes journées à arpenter Faërie dans ta tête, tu ne peux y croire quand tu t'y trouves vraiment ? Allons, ne me déçois pas, Hélène, j'ai fondé de grands espoirs sur toi.
– Comment ça ? demanda-t-elle en rassemblant un peu ses esprits. (Ok, peut-être ses rêves étaient-ils devenus réalité, peut-être son chat était-il … quoi au juste ? Une créature merveilleuse ? Ou dangereuse ?)
– Les deux, probablement, répondit-il à sa question muette. Je suis un Passeur. J'ai été envoyé à la recherche d'un humain qui puisse nous aider à sauver Faërie voilà des années. Depuis que je t'ai trouvée, j'attends le moment de te faire "passer".
– Et pourquoi aujourd'hui ?
– Parce que ta mère m'en a enfin donné l'autorisation.
– Hein? Tu avais besoin de l'autorisation de ma mère ? … Et elle te l'a donnée ?
– Oui, enfin, disons que je suis soumis à certaines lois et que le fait que ta mère ait tout à l'heure souhaité, à haute voix, en ma présence, que tu "te retrouves dans ton monde merveilleux", m'a bien facilité les choses. Mais trêve de parlotes, nous avons du pain sur la planche ! Es-tu prête à sauver Faërie, Hélène ?
– Comment, demanda-t-elle narquoise, comme Bastien dans l'Histoire sans fin ? Il suffit que j'y croie ? Ou comme Garion, ou Frodon ? Je dois affronter un Seigneur des Ténèbres ? D'ailleurs, ce sont tous des garçons, les héros qui sauvent le monde, dans les histoires. Pourquoi moi ?
– Là ! Là tu fais ton Garion ! Cesse de caqueter et écoute-moi, maintenant ! se fâcha le chat. Et ne t'inquiète pas de ta condition féminine, c'est un rôle parfaitement sur mesures que tu auras à jouer.
– Lequel ? Celui de la Belle et la Bête ? lâcha-t-elle d'un ton désabusé.
Le chat la regarda fixement durant quelques longues secondes puis se contenta d'un lapidaire :
– Suis-moi.
Comme il s'était rapidement éloigné et qu'il ne faisait mine ni de l'entendre, ni de l'attendre, Hélène se résigna à courir derrière celui qui avait été son "vieux Malley" durant ces quatre dernières années. Un chat tout ce qu'il y a de plus banal, qui mangeait, miaulait et surtout… dormait roulé en boule sur elle pendant qu'elle lisait.
Après ce qui sembla à Hélène plusieurs heures de marche à travers ce bois, charmant il fallait bien l'avouer, le chat finit enfin par s'arrêter au pied d'un gigantesque chêne, dont la ramure s'étalait sur une surface impressionnante.
Levant les yeux, Hélène réprima un cri de ravissement. Elle ne pouvait en croire ses yeux : des fées magnifiques, lumineuses et multicolores voltigeaient à travers les branches, pépiaient, chantaient et riaient, comme un essaim de colibris. Elles étaient minuscules, à peine aussi grandes que sa main, et aussi belles qu'Hélène se l'était imaginé.
Tout à coup, un tintement de clochettes retentit et toutes les fées se turent et s'immobilisèrent avant de se tourner comme un seul homme vers le pied du chêne. Hélène n'en menait pas large. Rougissante, elle regarda son chat, enfin, le chat, tentant de déterminer si tout cela était normal, plutôt bon, ou plutôt mauvais.
Mais à son grand affolement, elle le trouva tranquillement assis, observant les fées en se léchant les babines.
– Tu ne vas tout de même pas manger des fées! S'insurgea-t-elle.
– Allons, Hélène, que vas-tu penser là ? répliqua-t-il d'un air innocent. Je t'ai amenée pour les sauver, rappelle-toi.
Entre temps, les fées avaient repris leurs pépiements et leurs ailes bruissaient à nouveau dans le grand chêne. Certaines d'entre elles s'étaient rassemblées autour d'eux, à distance respectable, et virevoltaient comme des papillons curieux.
– Qu'attends-tu de moi ? demanda Hélène à son chat. Comment pourrais-je les aider ? Elles ne me semblent pas en péril.
– C'est que les vraies fées, ici présentes, ne sont pas tout à fait comme celles dont parlent tes romans, commença le chat. C'est leur mode de reproduction qui est particulier, délicat et… problématique.
Le chat jeta un œil… inquiet ? à la jeune fille, prit une profonde inspiration et se lança.
– Les fées ne font pas d'enfants, seule la reine pond des œufs, une fois tous les cent ans. Pour produire ces œufs, elle doit être fécondée par un prince des elfes, choisi parmi les plus grandes familles elfiques de Faërie. Sans reine, sans prince, pas d'œufs, plus de fées, et plus de Faërie puisque ce sont les battements d'ailes des fées qui permettent au royaume d'exister.
– Bien, et où est-ce que j'interviens, là dedans ? Je ne vois pas de Bête sensée me retenir prisonnière en échange d'un otage… ou quoi que ce soit du même type.
– Après avoir pondu ses œufs, la reine meurt aussitôt, débita rapidement le chat, et il faut en trouver une nouvelle pour le siècle suivant. Ainsi qu'un nouveau prince consentant.
– Quoi ? Tu n'essayes quand même pas de me dire que tu veux que je devienne une espèce de fée pondeuse qui doit se faire engrosser par un elfe inconnu pour mourir après la ponte !
– Bah… comme tu y vas ! Tu exagères toujours, marmonna le chat d'un air piteux. Ce n'est pas si terrible, tu deviendras aussi belle qu'une fée, sans les ailes et tout en gardant ta taille humaine, et si tu te débrouilles bien, tu pourras vivre éternellement avec celui que tu aimes.
– Tu viens de dire que je mourrais après la ponte, corrigea-telle d'un ton aigre.
– Justement, ça dépend de toi, repris vivement le chat. C'est effectivement ce qui est arrivé aux précédentes reines, mais ça ne veut pas dire que ce sera le cas pour toi ! Je t'ai choisie avec soin !
– Et en quoi serait-ce différent pour moi ?
– Il est dit que si la reine parvient à séduire le prince elfe et à s'en faire aimer d'un amour véritable, elle ne mourra pas après la ponte mais vivra pour toujours. Je suis certain que tu en es capable.
– Tu ne crois pas que ça dépend aussi de ton fameux prince ? demanda Hélène un peu ébranlée et stupidement séduite par l'idée.
– Je ne dis pas que ce sera facile, d'autant qu'Enor est assez… têtu et irascible, mais j'ai confiance en toi. Je suis certain que tu peux y arriver. Songe que tu tiens là la chance de ta vie ! Tu es au pays des fées, tu vas rencontrer un prince elfe et pouvoir changer le cours de l'histoire ! N'est-ce pas palpitant ?
– Un prince elfe "têtu et irascible" qui n'a pas du tout l'intention de m'aimer et qui, au mieux, va me "féconder" pour que je ponde un siècle d'œufs avant de mourir… palpitant, oui, marmonna Hélène, partagée entre horreur et fascination.
Le chat s'approcha d'elle et se frotta contre ses jambes en ronronnant. Elle le regarda d'un air déconcerté, stupéfaite de le voir se comporter comme… un chat (comme on s'adapte vite aux situations les plus invraisemblables!) Puis… se réveilla au lever du soleil.
Elle n'avait aucun souvenir entre ce moment de fin d'après midi où le chat s'était frotté contre elle et cette aube radieuse qui la trouvait fraîche et reposée comme jamais. Elle quitta rapidement le lit de pétales sur lequel elle avait dormi, plus douillet qu'un lit de plumes d'oies, d'ailleurs, et s'apprêta à partir en quête du félin. Mais elle ne fit pas deux pas avant de se retrouver suspendue par une main, à plusieurs dizaines de mètres au dessus du sol.
Un hurlement de panique monta de sa gorge, mais n'eut pas le temps de sortir que déjà un nuage de fées la portait de ses centaines de petites mains pour la ramener sur sa branche. Elle l'avait échappé belle.
Les fées la câlinèrent et la caressèrent un moment, pépiant leur joie et leur amour, puis elles lui amenèrent à manger, des fruits, essentiellement, qu'elle goûta avec plaisir.
Avant de s'entendre sèchement interpeller depuis le bas.
– Oh, la fée ! Tu descends ? Je n'ai pas toute la journée ! brailla d'une voix grave et veloutée le superbe spécimen de prince elfe qui se tenait au pied du chêne.
De haute taille, mince et musclé comme dans une pub de parfum pour homme, il avait la mâchoire fine, mais terriblement volontaire, une bouche à la sensualité torride, le nez droit, les pommettes hautes et de grands yeux très sombres ourlés de longs cils noirs comme la nuit.
Ses cheveux magnifiquement décoiffés tombaient en mèches rebelles sur son regard ténébreux. Il était beau à tomber par terre.
Et Hélène tomba de sa branche dans un grand fracas de brindilles et de cris de fées.
Impassible, le prince la regarda choir et s'affaler par terre avec aussi peu de grâce qu'il était possible.
– Ben, dit-il en réprimant un rire, ça ne vole pas, les fées ?
Hélène ne s'était pas vraiment fait mal puisque les fées avaient ralentit au mieux sa descente incontrôlée, mais elle était verte de rage et rouge de honte… et aucune de ces deux couleurs ne mettaient son teint en valeur.
Vexée au-delà de la fureur, elle bondit sur ses pieds et se jeta sur le prince, le plaquant contre le tronc du chêne. Surpris, il ne fit pas un geste pour l'éviter et la reçu de plein fouet dans ses bras. Mais avant qu'il put encore lancer une répartie moqueuse, Hélène se déchaîna sur lui, le rouant de coups tous plus hystériques les uns que les autres.
Ébahi, puis effaré par le comportement de la jeune fille, le prince, pris au dépourvu, ne songea à se protéger qu'après avoir eu le nez fracturé, la lèvre éclatée et de multiples contusions sur à peu près tout le corps.
En Faërie, les jeunes filles ne se comportaient pas ainsi, jamais ! Fées comme elfes, elles étaient aussi gracieuses et délicates qu'obéissantes et soumises.
Quand le prince eut réussi à se dégager de la furie d'Hélène, il se contenta un instant de la regarder avec des yeux ronds, puis leva les mains en signe de reddition et déclara au chat qui venait d'apparaître :
– Et vous voulez que j'épouse ça ? Vous avez complètement perdu la tête, Passeur ! Il n'est pas question que je laisse une autre fois cette folle me toucher. Je rentre chez moi, trouvez un autre candidat au suicide !
– Vous avez été tiré au sort, prince Enor, vous n'avez pas le pouvoir de vous dérober à vos obligations. Il en va de l'avenir de Faërie. Et puis, il ne tient qu'à vous que les choses se passent en douceur.
Hélène et Enor se regardèrent avec méfiance et colère, mais dans les yeux d'Enor, on lisait la surprise, teintée d'intérêt, et dans ceux d'Hélène, une pointe d'admiration et de … désir ?

Enor, avec la plus mauvaise grâce possible, entraîna une Hélène maussade et ombrageuse dans une morne visite de Faërie. Chaque découverte d'Hélène inspirait au prince une moquerie ou un commentaire sarcastique, auxquels la jeune fille répondait en s'ingéniant à dénigrer tout ce qui avait toujours empli ses rêves.
Elle trouva les licornes pataudes, les dragons ridicules, les lutins stupides et les elfes pompeux… ce qui n'était pas entièrement faux concernant ces derniers.
Pourtant, ses yeux brillaient, son cœur battait, et elle réprimait de plus en plus difficilement les exclamations de joie et d'enchantement que provoquaient en elle les merveilles de Faërie.
De son coté, Enor, s'il s'en défendait, contenait cependant à grand peine les sourires attendris que l'émotion d'Hélène lui extorquait.
La visite de Faërie leur prit trois jours, pendant lesquels les questions que la jeune fille ne pouvait s'empêcher de poser finirent par amener le prince à donner des réponses. Ce n'était pas encore une conversation amicale car aucun des deux ne semblait prêt à baisser sa garde. Mais par la force des choses, tous deux avaient appris beaucoup l'un sur l'autre. Et bien qu'ils refusent de se l'avouer, même au plus profond de leur cœur secret, l'opinion qu'ils avaient l'un de l'autre avait déjà évolué.
Cependant qu'ils s'en retournaient vers le chêne des fées, dans le silence pesant de leurs pensées, chacun se demandait ce qu'il allait décider.
Certes, le sort de Faërie était en jeu, mais aucun des deux ne s'imaginait sans malaise dans le rôle qui lui était assigné.
À présent qu'ils avaient passé trois jours ensemble, cette perspective était encore pire que quand ils ne s'étaient pas encore rencontrés. Et ce n'était pas parce qu'ils se haïssaient ou se répugnaient plus qu'avant. Même s'ils n'étaient prêts à l'admettre ni l'un, ni l'autre, leur répulsion à l'idée d'avoir une relation sexuelle de formalité, imposée, programmée, tenait plus du fait qu'ils avaient désormais trop de respect l'un pour l'autre pour s'imposer ça. Sans compter la menace de mort qui pesait sur Hélène.

Alors qu'ils escaladaient un sentier à flanc de montagne, sur le chemin qui longeait la contrée des dragons, l'une de ces terribles bêtes les aperçut et descendit en piqué pour les attaquer.
Les attaques de dragons n'étaient pas exceptionnelles, même si ces derniers préféraient généralement les cerfs et les daims à la chair fade des elfes. Mais la viande humaine était suffisamment rare pour que celui-là s'y laisse tenter.
La charge brutale de la bête tira Enor de ses réflexions. En un instant, il comprit que c'était Hélène qui était visée, ainsi dans un réflexe insensé se jeta-t-il sur elle, la projetant au sol et la couvrit de son corps.
Le dragon trancha de ses serres acérées l'espace vide qu'ils venaient d'occuper et reprit de l'altitude en écumant de rage. Il décrivit une large courbe pour se repositionner, puis sans perdre de temps, fondit à nouveau sur ses proies.
Mais l'étroite corniche sur laquelle étaient allongés Hélène et Enor était protégée par un surplomb rocheux qui rendait dangereuse l'approche directe par les airs. Aussi le dragon, après un ou deux essais infructueux qui faillirent même l'envoyer en vrille dans les abysses, finit-il par abandonner la chasse, rageur et dépité.
Le danger étant écarté, Enor poussa un long soupir de soulagement, avant de prendre conscience de la position dans laquelle il se trouvait.
Affreusement gêné, il se tourna vers Hélène, qui le fixait, abasourdie, rouge comme une pivoine, à deux centimètres à peine de son propre visage.
Elle avait les yeux plus brillants encore qu'à l'ordinaire. Dans un concert de battements effrénés, le cœur de la jeune fille cognait contre la poitrine du prince comme s'il voulait y entrer. Elle avait le souffle court et son haleine fraiche s'échappait par saccades de ses lèvres rouges et … bon sang, désirables !
La gorge soudain sèche, le prince ne parvint pas à entreprendre les mouvements qui le remettraient debout et l'éloigneraient du corps de la jeune fille.
Au lieu de ça, ses yeux se firent plus sombres, sa respiration plus rapide et son propre cœur tenta lui aussi de forcer un passage vers celui d'Hélène, comme un bélier s'acharnant sur une porte. Un drôle de gémissement rauque monta de sa poitrine, et ses lèvres décidèrent toutes seules de descendre à la rencontre de celles qu'elles convoitaient.
Ce fut un baiser d'abord malhabile, surpris, timide, puis leurs lèvres s'attendrirent et fondirent, s'emmêlant dans la chaleur de sentiments qu'ils avaient vainement tenté de refouler.
Ce fut un long baiser, dans lequel ils dirent tout, des excuses aux promesses en passant par les rêves, les désirs et les espoirs. Puis le baiser cessa, et les yeux durent répéter ce qu'avaient dit les lèvres, gravant dans leurs esprits sans paroles inutiles une vérité nouvelle.
Ensuite, à gestes lents et prudents, comme craignant de briser l'enchantement, ils se relevèrent, sans trop se quitter du regard, se prirent par la main, puis poursuivirent le chemin vers le grand chêne avec une hâte et une impatience nouvelles.

Au pied du chêne les attendait O'Malley le chat "Passeur". Il les accueillit d'un énigmatique regard rivé sur leurs mains jointes, l'air d'à peine croire à ce qu'il voyait.
– Ben mazette ! Aussi improbable et mal parti que ça ait démarré, vous avez quand même réussi l'impossible ! Je suis positivement impressionné… par mon génie et mon infaillible flair ! Alors là, je me sidère moi-même !
– Nous n'avons encore rien décidé, Passeur, ne tire pas de conclusion hâtive. En ce qui me concerne, je suis moins que jamais prêt à prendre le risque de sacrifier la vie d'Hélène, dit Enor d'un ton un peu dur à l'intention du chat.
– Non, rien n'est décidé, renchérit la jeune fille d'une voix douce en regardant le prince, mais j'avoue n'avoir jamais autant songé à risquer ma vie. Parfois, le jeu en vaut la chandelle.
– Et si ça ne fonctionne pas ? lui demanda Enor. Si malgré tout, tu meurs quand même ?
– Dans ce cas j'aurai peut-être vécu l'expérience la plus magique que je puisse imaginer, j'aurai sauvé Faërie, et toi avec, et j'aurai passé dans tes bras une nuit d'amour que jamais sans cela je n'aurais eu la moindre chance de vivre. Je crois, moi, que le risque n'est rien en comparaison du cadeau que cela représente à mes yeux.
– Alors, annonça solennellement le chat, la messe est dite !

Ainsi fut fait dès le soir même, puis le suivant et les autres encore durant de très, très nombreuses années. L'amour d'Enor sauva la vie d'Hélène, et ce qui mourut ce soir là, c'est la malédiction des fées. Car en plus des milliers d'œufs nécessaires à un siècle de survie de l'espèce, de l'union d'Hélène et Enor naquirent des enfants mi-fées, mi-elfes, capables de concevoir à la fois des œufs de fées, et des enfants. Après eux, plus aucune reine ne mourut et Faërie ne manqua plus jamais de battements d'ailes.




Dernière édition par Amapoesia le Mar 19 Juin 2012 - 9:22, édité 1 fois
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Melany
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MessageSujet: Re: Mère-Fée, ou "la malédiction"   Mer 6 Juin 2012 - 11:16

Wahou ! Elle est magnifique, cette nouvelle, Ama ! (malgré les fautes de ponctuations ! )

Quelle belle histoire... Une jeune fille et un prince elfe, amoureux, qui sauve un royaume enchanté !

Tu avais gagné le concours ? Smile

Tu écris vraiment bien, bravo !

................................................................................................................
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MessageSujet: Re: Mère-Fée, ou "la malédiction"   Mer 6 Juin 2012 - 15:31

Amapoesia a écrit:


Mère-Fée
ou

La Malédiction




Hélène était une nouvelle fois enfoncée dans l'énorme fauteuil du salon, un livre à la main, et l'esprit parti si loin qu'il en était hermétique à la réalité. (À la ligne)
Cette fois encore, sa mère avait beau tenter de lui parler, de l'appeler, de lui crier dessus, rien ne la tirait de ce monde étrange dans lequel elle plongeait de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps. À tel point que ces derniers temps, sa mère avait commencé à avoir peur que ce comportement cache une dépression, ou pire, une maladie mentale.
– A ton âge, tu devrais sortir en boite avec tes copines, avoir un petit ami, prévoir ton avenir ! Si seulement tu pouvais t'y retrouver pour de bon au moins une fois, dans ton "monde merveilleux", finit-elle par lâcher, excédée. Tu te rendrais vite compte que la réalité est infiniment plus intéressante !
Et sur ce, elle abandonna sa fille à sa lecture.
Sur les genoux d'Hélène, O'Malley, son gros chat roux, se mit à ronronner d'un air aussi satisfait que si une colonie de souris s'était invitée de bon gré dans sa gueule, et d'un geste nonchalant, il fit glisser le bout de sa queue le long de ses moustaches.

Hébétée, Hélène leva le nez de son bouquin et dû cligner plusieurs fois des yeux avant d'accepter le témoignage que ces derniers lui renvoyaient. (À la ligne)
Son confortable fauteuil venait de se transformer en souche et son salon avait tout à fait l'allure d'une clairière, charmante au demeurant. Tous les sens en alerte, le cerveau en ébullition et le corps totalement paralysé par le choc, elle attendit que l'illusion cesse, en vain, jusqu'à ce que son livre lui échappe des mains et percute le sol dans un bruit sourd … tout à fait réaliste. C'est seulement alors qu'elle prit une grande inspiration, car cela faisait presque une minute qu'elle n'avait plus songé à respirer.
– Bon, ok, se dit-elle, de deux choses l'une, soit je rêve, soit maman avait raison, je suis bonne pour la camisole.
– Soit tu es en Faërie, intervint une voix ronronnante.
Hélène bondit de sa souche et se retourna brusquement, faisant face à son chat qui, assit sur son séant(virgule) faisait soigneusement sa toilette.
– Qui a parlé ? demanda-t-elle d'une voix aiguë qu'elle ne se connaissait pas.
– Tu vois quelqu'un d'autre que moi, dans cette clairière ? répliqua le chat d'un air mi-amusé, mi-agacé.
– Bon, ok, la camisole, murmura alors Hélène d'une voix blanche.
– Comment ? reprit le chat en haussant un sourcil. Toi qui passe tes journées à arpenter Faërie dans ta tête, tu ne peux y croire quand tu t'y trouves réellement ? Allons, ne me déçois pas, Hélène, j'ai fondé de grands espoirs sur toi.
– Comment ça ? demanda-t-elle en rassemblant un peu ses esprits. (À la ligne)
(Ok, peut-être ses rêves étaient-ils devenus réalité, peut-être son chat était-il … quoi au juste ? Une créature merveilleuse ? Ou dangereuse ?)
– Les deux, probablement, répondit-il à sa question muette. Je suis un Passeur. J'ai été envoyé à la recherche d'un humain qui puisse nous aider à sauver Faërie voilà des années. Depuis que je t'ai trouvée, j'attends le moment de te faire "passer".
– Et pourquoi aujourd'hui ?
– Parce que ta mère m'en a enfin donné l'autorisation.
– Hein? Tu avais besoin de l'autorisation de ma mère ? … Et elle te l'a donnée ?
– Oui, enfin, disons que je suis soumis à certaines lois et que le fait que ta mère ait tout à l'heure souhaité, à haute voix, en ma présence, que tu "te retrouves dans ton monde merveilleux", m'a bien facilité les choses. Mais trêve de parlotes, nous avons du pain sur la planche ! Es-tu prête à sauver Faërie, Hélène ?
– Quoi, demanda-t-elle narquoise, comme Bastien dans l'Histoire sans fin ? Il suffit que j'y croie ? Ou comme Garion, ou Frodon ? Je dois affronter un Seigneur des Ténèbres ? D'ailleurs, ce sont tous des garçons, les héros qui sauvent le monde, dans les histoires. Pourquoi moi ?
– Là ! Là tu fais ton Garion ! Cesse de caqueter et écoute-moi, maintenant ! se fâcha le chat. Et ne t'inquiète pas de ta condition féminine, c'est un rôle parfaitement sur mesure(s) que tu auras à jouer.
– Lequel ? Celui de la Belle et la Bête ? lâcha-t-elle d'un ton désabusé.
Le chat la regarda fixement durant quelques longues secondes puis se contenta d'un lapidaire :
– Suis-moi.
Comme il s'était rapidement éloigné et qu'il ne faisait mine ni de l'entendre, ni de l'attendre, Hélène se résigna à courir derrière celui qui avait été son "vieux Malley" durant ces quatre dernières années. Un chat tout ce qu'il y a de plus banal, qui mangeait, miaulait et surtout … dormait roulé en boule sur elle pendant qu'elle lisait.
Après ce qui sembla à Hélène plusieurs heures de marche à travers ce bois -charmant il fallait bien l'avouer- le chat finit enfin par s'arrêter au pied d'un gigantesque chêne(,) dont la ramure s'étalait sur une surface impressionnante. (À la ligne)
Levant les yeux, Hélène réprima un cri de ravissement. Elle ne pouvait en croire ses yeux : des fées magnifiques, lumineuses (virgule) et multicolores voltigeaient à travers les branches, pépiaient, chantaient et riaient, comme un essaim de colibris. Elles étaient minuscules, à peine aussi grandes que sa main, et aussi belles qu'Hélène se l'était imaginé. (À la ligne)
Tout à coup, un tintement de clochettes retentit et toutes les fées se turent et s'immobilisèrent avant de se tourner comme un seul homme vers le pied du chêne. Hélène n'en menait pas large. Rougissante, elle regarda son chat, enfin, le chat, tentant de déterminer si tout cela était normal, plutôt bon, ou plutôt mauvais. Cependant, à son grand affolement, elle le trouva tranquillement assis, observant les fées en se léchant les babines.
– Tu ne vas tout de même pas manger des fées! s'insurgea-t-elle. (Le s reste minuscule dans le dialogue)
– Allons, Hélène, que vas-tu penser là ? répliqua-t-il d'un air innocent. Je t'ai amenée pour les sauver, rappelle-toi.
Entre temps, les fées avaient repris leurs pépiements et leurs ailes bruissaient à nouveau dans le grand chêne. Certaines d'entre elles s'étaient rassemblées autour d'eux, à distance respectable, et virevoltaient comme des papillons curieux.
– Qu'attends-tu de moi ? demanda Hélène à son chat. Comment pourrais-je les aider ? Elles ne me semblent pas en péril.
– C'est que les vraies fées, ici présentes, ne sont pas tout à fait comme celles dont parlent tes romans, commença le chat. C'est leur mode de reproduction qui est particulier, délicat et … problématique.
Le chat jeta un œil … inquiet ? à la jeune fille, prit une profonde inspiration et se lança.
– Les fées ne font pas d'enfants, seule la reine pond des œufs, une fois tous les cent ans. Pour produire ces œufs, elle doit être fécondée par un prince des elfes, choisi parmi les plus grandes familles elfiques de Faërie. Sans reine, sans prince, pas d'œufs, plus de fées, et plus de Faërie puisque ce sont les battements d'ailes des fées qui permettent au royaume d'exister.
– Bien, et où est-ce que j'interviens, là dedans ? Je ne vois pas de Bête sensée me retenir prisonnière en échange d'un otage … ou quoi que ce soit du même type.
– Après avoir pondu ses œufs, la reine meurt aussitôt, débita rapidement le chat, et il faut en trouver une nouvelle pour le siècle suivant. Ainsi qu'un nouveau prince consentant.
– Quoi ? Tu n'essayes quand même pas de me dire que tu veux que je devienne une espèce de fée pondeuse qui doit se faire engrosser par un elfe inconnu pour mourir après la ponte !
– Bah … comme tu y vas ! Tu exagères toujours, marmonna le chat d'un air piteux. Ce n'est pas si terrible, tu deviendras aussi belle qu'une fée, sans les ailes et tout en gardant ta taille humaine, et si tu te débrouilles bien, tu pourras vivre éternellement avec celui que tu aimes.
– Tu viens de dire que je mourrais après la ponte, corrigea-telle d'un ton aigre.
– Justement, ça dépend de toi, repris vivement le chat. C'est effectivement ce qui est arrivé aux précédentes reines, mais ça ne veut pas dire que ce sera le cas pour toi ! Je t'ai choisie avec soin !
– Et en quoi serait-ce différent pour moi ?
– Il est dit que si la reine parvient à séduire le prince elfe et à s'en faire aimer d'un amour véritable, elle ne mourra pas après la ponte mais vivra pour toujours. Je suis certain que tu en es capable.
– Tu ne crois pas que ça dépend aussi de ton fameux prince ? demanda Hélène un peu ébranlée et stupidement séduite par l'idée.
– Je ne dis pas que ce sera facile, d'autant qu'Enor est assez … têtu et irascible, mais j'ai confiance en toi. Je suis certain que tu peux y arriver. Songe que tu tiens là la chance de ta vie ! Tu es au pays des fées, tu vas rencontrer un prince elfe et pouvoir changer le cours de l'histoire ! N'est-ce pas palpitant ?
– Un prince elfe "têtu et irascible" qui n'a pas du tout l'intention de m'aimer et qui, au mieux, va me "féconder" pour que je ponde un siècle d'œufs avant de mourir … palpitant, oui, marmonna Hélène, partagée entre horreur et fascination.
Le chat s'approcha d'elle et se frotta contre ses jambes en ronronnant. Elle le regarda d'un air déconcerté, stupéfaite de le voir se comporter comme … un chat (comme on s'adapte vite aux situations les plus invraisemblables!) Puis … se réveilla au lever du soleil. (À la ligne)
Elle n'avait aucun souvenir entre ce moment de fin d'après midi où le chat s'était frotté contre elle et cette aube radieuse qui la trouvait fraîche et reposée comme jamais. Elle quitta rapidement le lit de pétales sur lequel elle avait dormi, plus douillet qu'un lit de plumes d'oies, d'ailleurs, et s'apprêta à partir en quête du félin. Mais elle ne fit pas deux pas avant de se retrouver suspendue par une main, à plusieurs dizaines de mètres au dessus du sol. (À la ligne)
Un hurlement de panique monta de sa gorge, mais n'eut pas le temps de sortir que déjà un nuage de fées la portait de ses centaines de petites mains pour la ramener sur sa branche. (À la ligne)
Elle l'avait échappé belle ! (À la ligne)
Les fées la câlinèrent et la caressèrent un moment, pépiant leur joie et leur amour, puis elles lui amenèrent à manger, des fruits, essentiellement, qu'elle goûta avec plaisir. Avant de s'entendre sèchement interpeller depuis le bas.
– Oh, la fée ! Tu descends ? Je n'ai pas toute la journée ! brailla d'une voix grave et veloutée le superbe spécimen de prince elfe qui se tenait au pied du chêne.
De haute taille, mince et musclé comme dans une pub de parfum pour homme, il avait la mâchoire fine, mais terriblement volontaire, une bouche à la sensualité torride, le nez droit, les pommettes hautes et de grands yeux très sombres ourlés de longs cils noirs comme la nuit. Ses cheveux magnifiquement décoiffés tombaient en mèches rebelles sur son regard ténébreux. Il était beau à tomber par terre. Et Hélène tomba de sa branche dans un grand fracas de brindilles et de cris de fées. Impassible, le prince la regarda choir et s'affaler par terre avec aussi peu de grâce qu'il était possible.
– Ben, dit-il en réprimant un rire, ça ne vole pas, les fées ?
Hélène ne s'était pas vraiment fait mal puisque les fées avaient ralentit au mieux sa descente incontrôlée, mais elle était verte de rage et rouge de honte … et aucune de ces deux couleurs ne mettaient son teint en valeur. Vexée au-delà de la fureur, elle bondit sur ses pieds et se jeta sur le prince, le plaquant contre le tronc du chêne. Surpris, il ne fit pas un geste pour l'éviter et la reçu de plein fouet dans ses bras. Mais avant qu'il put encore lancer une répartie moqueuse, Hélène se déchaîna sur lui, le rouant de coups tous plus hystériques les uns que les autres. (À la ligne)
Ébahi, puis effaré par le comportement de la jeune fille, le prince, pris au dépourvu, ne songea à se protéger qu'après avoir eu le nez fracturé, la lèvre éclatée et de multiples contusions sur à peu près tout le corps.
En Faërie, les jeunes filles ne se comportaient pas ainsi, jamais ! (À la ligne)
Fées comme elfes, elles étaient aussi gracieuses et délicates qu'obéissantes et soumises. Quand le prince eut réussi à se dégager de la furie d'Hélène, il se contenta un instant de la regarder avec des yeux ronds, puis leva les mains en signe de reddition et déclara au chat qui venait d'apparaître :
– Et vous voulez que j'épouse ça ? Vous avez complètement perdu la tête, Passeur ! Il n'est pas question que je laisse une autre fois cette folle me toucher. Je rentre chez moi, trouvez un autre candidat au suicide !
– Vous avez été tiré au sort, prince Enor, vous n'avez pas le pouvoir de vous dérober à vos obligations. Il en va de l'avenir de Faërie. Et puis, il ne tient qu'à vous que les choses se passent en douceur.
Hélène et Enor se regardèrent avec méfiance et colère, mais dans les yeux d'Enor, on lisait la surprise, teintée d'intérêt, et dans ceux d'Hélène, une pointe d'admiration et de … désir ?

Enor, avec la plus mauvaise grâce possible, entraîna une Hélène maussade et ombrageuse dans une morne visite de Faërie. Chaque découverte d'Hélène inspirait au prince une moquerie ou un commentaire sarcastique, auxquels la jeune fille répondait en s'ingéniant à dénigrer tout ce qui avait toujours empli ses rêves. (À la ligne)
Elle trouva les licornes pataudes, les dragons ridicules, les lutins stupides et les elfes pompeux … ce qui n'était pas entièrement faux concernant ces derniers. (À la ligne)
Pourtant, ses yeux brillaient, son cœur battait, et elle réprimait de plus en plus difficilement les exclamations de joie et d'enchantement que provoquaient en elle les merveilles de Faërie. (À la ligne)
De son coté, Enor, s'il s'en défendait, contenait cependant à grand peine les sourires attendris que l'émotion d'Hélène lui extorquait.
La visite de Faërie leur prit trois jours, pendant lesquels les questions que la jeune fille ne pouvait s'empêcher de poser finirent par amener le prince à donner des réponses. Ce n'était pas encore une conversation amicale car aucun des deux ne semblait prêts à baisser sa garde. Mais par la force des choses, tous deux avaient appris beaucoup l'un sur l'autre. Et bien qu'ils refusent de se l'avouer, même au plus profond de leur cœur secret, l'opinion qu'ils avaient l'un de l'autre avait déjà évolué.
Cependant qu'ils s'en retournaient vers le chêne des fées, dans le silence pesant de leurs pensées, chacun se demandait ce qu'il allait décider. (À la ligne)
Certes, le sort de Faërie était en jeu, mais aucun des deux ne s'imaginait sans malaise dans le rôle qui lui était assigné. À présent qu'ils avaient passé trois jours ensemble, cette perspective était encore pire que quand ils ne s'étaient pas encore rencontrés. Et ce n'était pas parce qu'ils se haïssaient ou se répugnaient plus qu'avant. Même s'ils n'étaient prêts à l'admettre ni l'un, ni l'autre, leur répulsion à l'idée d'avoir une relation sexuelle de formalité, imposée, programmée, tenait plus du fait qu'ils avaient désormais trop de respect l'un pour l'autre pour s'imposer ça. Sans compter la menace de mort qui pesait sur Hélène.
Alors qu'ils escaladaient un sentier à flanc de montagne, sur le chemin qui longeait la contrée des dragons, l'une de ces terribles bêtes les aperçut et descendit en piqué pour les attaquer. (À la ligne)
Les attaques de dragons n'étaient pas exceptionnelles, même si ces derniers préféraient généralement les cerfs et les daims à la chair fade des elfes. Mais la viande humaine était suffisamment rare pour que celui-là s'y laisse tenter. (À la ligne)
La charge brutale de la bête tira Enor de ses réflexions. En un instant, il comprit que c'était Hélène qui était visée, ainsi dans un réflexe insensé se jeta-t-il sur elle, la projetant au sol et la couvrit de son corps. (À la ligne)
Le dragon trancha de ses serres acérées l'espace vide qu'ils venaient d'occuper et reprit de l'altitude en écumant de rage. Il décrivit une large courbe pour se repositionner, puis sans perdre de temps, fondit à nouveau sur ses proies. Mais l'étroite corniche sur laquelle étaient allongés Hélène et Enor était protégée par un surplomb rocheux qui rendait dangereuse l'approche directe par les airs. Aussi le dragon, après un ou deux essais infructueux qui faillirent même l'envoyer en vrille dans les abysses, finit-il par abandonner la chasse, rageur et dépité.
Le danger étant écarté, Enor poussa un long soupir de soulagement, avant de prendre conscience de la position dans laquelle il se trouvait. Affreusement gêné, il se tourna vers Hélène, qui le fixait, abasourdie, rouge comme une pivoine, à deux centimètres à peine de son propre visage. (À la ligne)
Elle avait les yeux plus brillants encore qu'à l'ordinaire et dans un concert de battements effrénés, le cœur de la jeune fille cognait contre la poitrine du prince comme s'il voulait y entrer. Elle avait le souffle court et son haleine fraîche s'échappait par saccades de ses lèvres rouges et … bon sang, désirables !
La gorge soudain sèche, le prince ne parvint pas à entreprendre les mouvements qui le remettraient debout et l'éloigneraient du corps de la jeune fille. Au lieu de ça, ses yeux se firent plus sombres, sa respiration plus rapide et son propre cœur tenta lui aussi de forcer un passage vers celui d'Hélène, comme un bélier s'acharnant sur une porte. (À la ligne)
Un drôle de gémissement rauque monta de sa poitrine, et ses lèvres décidèrent toutes seules de descendre à la rencontre de celles qu'elles convoitaient. Ce fut un baiser d'abord malhabile, surpris, timide, puis leurs lèvres s'attendrirent et fondirent, s'emmêlant dans la chaleur de sentiments qu'ils avaient vainement tenté de refouler. Ce fut un long baiser, dans lequel ils dirent tout, des excuses aux promesses en passant par les rêves, les désirs et les espoirs. Puis le baiser cessa, et les yeux durent répéter ce qu'avaient dit les lèvres, gravant dans leurs esprits sans paroles inutiles une vérité nouvelle. Ensuite, à gestes lents et prudents, comme craignant de briser l'enchantement, ils se relevèrent, sans trop se quitter du regard, se prirent par la main, puis poursuivirent le chemin vers le grand chêne avec une hâte et une impatience nouvelles.

Au pied du chêne les attendait O'Malley le chat "Passeur". Il les accueillit d'un énigmatique regard rivé sur leurs mains jointes, l'air d'à peine croire à ce qu'il voyait.
– Ben mazette ! Aussi improbable et mal parti que ça ait démarré, vous avez quand même réussi l'impossible ! Je suis positivement impressionné … par mon génie et mon infaillible flair ! Alors là, je me sidère moi-même !
– Nous n'avons encore rien décidé, Passeur, ne tire pas de conclusion hâtive. En ce qui me concerne, je suis moins que jamais prêt à prendre le risque de sacrifier la vie d'Hélène, dit Enor d'un ton un peu dur à l'intention du chat.
– Non, rien n'est décidé, renchérit la jeune fille d'une voix douce en regardant le prince, mais j'avoue n'avoir jamais autant songé à risquer ma vie. Parfois, le jeu en vaut la chandelle.
– Et si ça ne fonctionne pas ? lui demanda Enor. Si malgré tout, tu meurs quand même ?
– Dans ce cas j'aurai peut-être vécu l'expérience la plus magique que je puisse imaginer, j'aurai sauvé Faërie, et toi avec, et j'aurai passé dans tes bras une nuit d'amour que jamais sans cela je n'aurais eu la moindre chance de vivre. Je crois, moi, que le risque n'est rien en comparaison du cadeau que cela représente à mes yeux.
– Alors, annonça solennellement le chat, la messe est dite !

Ainsi fut fait dès le soir même, puis le suivant et les autres encore durant de très, très nombreuses années. L'amour d'Enor sauva la vie d'Hélène, et ce qui mourut ce soir là, c'est la malédiction des fées. Car en plus des milliers d'œufs nécessaires à un siècle de survie de l'espèce, de l'union d'Hélène et Enor naquirent des enfants mi-fées, mi-elfes, capables de concevoir à la fois des œufs de fées, et des enfants. (À la ligne)
Après eux, plus aucune reine ne mourut et Faërie ne manqua plus jamais de battements d'ailes.



Ama, c'est une histoire magnifique !!
Douce, chaude, sensuelle et réellement féérique !
J'espère que tu gagneras, il ne peut en être autrement !

Bisous

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MessageSujet: Re: Mère-Fée, ou "la malédiction"   Mer 6 Juin 2012 - 17:49

Linda a tellement aimé ton histoire qu'elle te donne en prime une correction, Ama, lol ! Smile
Mais permet moi de dire qu'elle est incomplète : il faudrait en plus revoir les tirets et les régles de ponctuation ! Smile

Mais je suis d'accord : c'est une superbe nouvelle.

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MessageSujet: Re: Mère-Fée, ou "la malédiction"   Jeu 7 Juin 2012 - 9:59

Merci, ravie que ça vous plaise!
Je l'ai postée sans l'avoir corrigée.
Je vais le faire et éditer dès que je trouve le temps!!

En fait, ma nouvelle n'a pas gagné le concours, loin de là.
Les membres du forum préfèrent la fantasy plus sombre, c'était trop mignon, gai et ça finissait trop bien.
Chacun ses goûts!
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MessageSujet: Re: Mère-Fée, ou "la malédiction"   Jeu 28 Juin 2012 - 7:09

C'est vraiment une belle histoire, tout comme je les aime ! Bravooooo
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MessageSujet: Re: Mère-Fée, ou "la malédiction"   

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Mère-Fée, ou "la malédiction"
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